Un faux (parce que trop sincère) hommage de Jacques Chirac à Lionel Jospin et au P.S.

J’avoue que je me sentirais mal dans ma peau si je ne prenais pas ma plume pour vous dire toute ma gratitude. En effet, je dois l’avouer, je vous suis -et vous le savez fort bien - très redevable. Je
m’explique.
Jamais les idées de la droite, ouvertement si destructrices socialement parlant, n’auraient pu s’imposer si facilement si , au préalable, elle n’avaient bénéficié de votre superbe travail de socialisation des français -et spécialement des plus dominés- à l’acceptation de l’injustice sociale qui les frappe comme relevant d’un phénomène naturel devant lequel il est vain de se battre (et celà
à une heure où l’on sait pourtant que même dans les phénomènes “naturels” -rire-il y a de moins en moins de “naturel” et de plus en plus de conséquences nocives de l’inorganisation sociale des
hommes: voyez le réchauffement de la terre) . Les sociologues, et notamment Max Weber, se sont souvent penchés sur les mécanismes sociaux qui amènent à la “domestication des dominés” (alors que paradoxalement, si il leur venait à l’esprit de s’organiser, ils pourraient si facilement renverser le cours des choses qui leur est actuellement si défavorable). Mais jamais dans leurs hypothèses les plus folles -rire- ils n’auraient osé imaginer que cette “domestication des dominés” puisse résulter d’une “pédagogie” pratiquée par ceux là-même qui sont (étaient?) censés incarner leurs intérets (et indirectement, ceux de toute la société d’ailleurs, car une société gagne toujours beaucoup de paix sociale à bien traiter ses “petites gens”. C’est même à celà qu’elle mérite le qualificatif de “civilisation humaine”).
Je sais que votre modestie naturelle vous empêche de le reconnaître, mais on a été d’une extraordinaire injustice avec vous. Le Wall Street journal ne s’y est pas trompé d’ailleurs qui vous a quasiment reconnu comme l’un des leurs, et vous a félicité pour avoir tant fait avancer les idées que nous avons le culot d’appeller “libérales” et “modernisatrices” (c’est fou comme ces mots ont fait des ravages. Il suffit parfois de changer avec un culot extraordinaire le nom normal des choses, d’appeler “modernisation” une loi qui démolit la solidarité sociale, pour que celles-ci passent “comme une lettre à la poste”, ou du moins dans l’ancienne poste. Je vous assure que grâce à
vos/nos efforts, on arrivera bientôt à privatiser la sécurité sociale au nom de la liberté et du bonheur.Rire). .. Regardons par exemple votre formidable travail de sape de l’idée de sauvegarde du système de retraite par répartition. Vous avez habilement fait semblant d’incarner un juste milieu entre tenants d’un système intégral par répartition et tenants d’un système par capitalisation. Vous avez souligné que le système par répartition risquait de subir des tensions dans les années
2040, vu la probable évolution démographique. Mais au lieu d’accroître les revenus de celui-ci par une légère augmentation des cotisations dès aujourd’hui, geste de solidarité sociale élémentaire que vous aviez mandat d’effectuer, qu’avez-vous fait, trahissant ainsi vos électeurs? Vous avez introduit l’épargne salariale (rire), un début de fond de pension qui cache à peine son nom, et ainsi amorcer la diminution des ressources du système par répartition. Bref, vous avez mis un peu plus le système par répartition sous pression, tout en vous disant préoccupé des difficultés qu’il occasionnera . Bien sûr, nous avons beau jeu alors, nous qui arrivons derrière vous, de faire “constater” par les français que celui-ci ne marchera pas, et de leur proposer comme un système plus efficace celui du chacun pour soi par capitalisation. Je m’en aperçois rétroactivement (et veuillez m’en excusez, mais je suis long à la détente comme vous savez), mais vous avez été la
plus belle tête de pont dont la droite puisse rêver pour installer durablement ses anti-valeurs sociales. Je dois dire qu’il est assez jouissif pour nous, gens de droite, de vous voir nous reprocher
de prendre des mesures que vous avez été les premiers à “légitimer” dans la tête des français qui les refusaient si fortement auparavant. En effet, qui a refusé d’augmenter sérieusement les minimas sociaux et le smig pendant trois ans, sinon vous même? Qui a introduit la baisse de l’impôt sur le revenu, seul impôt socialement juste (rire)? Qui a refusé d’augmenter les effectifs des services publics tout en accroissant la demande qui pèse sur ceux-ci, accentuant ainsi leur dégradation (cf les hôpitaux)? Qui ne s’est pas opposé à leur prochaine privatisation par l’OMC? Etc, ect... Sur tous ces thèmes, et bien d’autres, nous n’avons plus à argumenter: Vous avez fait l’essentiel du boulot pour nous en introduisant le vers dans le fruit, l’étape que nous n’arrivions pas à passer (d’ailleurs pour tout vous dire, certains soirs avec les copains, on s’organise des projections vidéos en boucle
en buvant des bières. On s’éclate en voyant Fabius le soir des élections dire à Douste Blazy: “mais la retraite par capitalisation, c’est fortement inégalitaire” et des tas d’autres conneries
auto-destructives du même genre). . Mais il est un autre domaine ou votre action a été encore plus magnifique et a été totalement ignoré
par les “observateurs” qui se croient les plus avertis, et peut-être y compris par vous même d’ailleurs. Je veux parler de votre fantastique capacité à anesthésier la faculté de perception des français sur les choses normales et anormales dans une démocratie. Regardons par exemple ce qu’ont été les moeurs des médias (et spécialement de ceux dits “publics”) sous votre gouvernement. J’y ai vu des trucs hallucinants que le plus extrêmiste des libéraux n’aurait jamais osé imaginé possible sans tomber sous le coup d’une loi d’ “affichage trop cynique de principes antisociaux”.. C’est pourtant bien sous votre gouvernement “socialiste” (rire) que j’ai vu des pubs qui appelaient les petites gens à aller se faire plumer en bourse le plus légalement du monde (“vous n’êtes pas à l’abri de devenir riche” disait l’une d’entre elle). C’est encore sous votre gouvernement que, sur une chaîne de radio publique, on donnait le plus naturellement du monde le monopole de la “vulgarisation économique” à un mauvais économiste “libéral” de bas étage qui pouvait déverser sans opposition sa minable propagande chaque matin. C’est encore bien vous -summum de l’art il faut bien le dire que nous n’aurions jamais osé envisager- qui avez réussi à introduire dans l’éducation nationale, institution qui affiche en théorie la devise (rire) “liberté, égalité, fraternité” un jeu d’initiation à la spéculation boursière qui bafoue si ouvertement ses valeurs.J’imagine ce qu’il doit se passer dans la tête du môme qui apprend à miser sur l’entreprise qui fait du profit pour ses actionnaires parce qu’elle licencie son père ou pourrit sa région ! Imaginez ce que vous lui avez réellement enseigner en profondeur à ce moment-là...Donc pas de doute: vous avez été sans conteste le meilleur destructeur du sens moral des français, et vous avez fait descendre très bas leur degrés d’humanité, une “modernisation sociale” dont la droite vous sera éternellement reconnaissante (j’envisage d’ailleurs de créer un prix honorifique dont vous seriez le premier bénéficiaire: “Le meilleur destructeur du progrès social”, ou encore “le meilleur fabriquant de la résignation à l’injustice sociale” etc...). Mais le pire, ou plutôt le meilleur pour nous (rire), c’est que vous avez tellement bien réussi votre coup que vos/nos adversaires déclarés sont eux-mêmes inconscients qu’ils ont des gestes de résistance bien inférieurs à ce qu’ils devraient être s’ils avaient une réaction à la hauteur des dangers que nous faisons courir à la société. Symptomatique de cette réaction désajustée au danger qu’elle prétend combattre est la “réaction” de l’association ATTAC à l’introduction du jeu de bourse dans les écoles française. Réagir par des pétitions et des lettres au
ministre, alors que celui-ci piétinait si allègrement les principes républicains! Quelle rigolade! Mais comment se fait-il qu’ils n’aient même pas porter plainte officiellement ?                            
Bon, il est temps pour moi de vous quitter. Mais je ne désespère pas que nous nous rapprochions un jour D’ailleurs, je vous soumettrai certaines idées à l’avenir, notamment pour faire croire aux français que nous essayons de faire barrage au front national. Alors que vous comme moi savons si bien au fond de nous même que le “jeu” trouble que nous jouons depuis maintenant vingt ans creuse inéluctablement son lit. Nous vivons vraiment une époque formidable. Tout est possible
maintenant. Rire...Un vrai ami apparemment du bord opposé....

Pour toutes réactions, wlionel_@club-internet.fr
(une fausse lettre imaginée juste avant avril 2002 si mes souvenirs sont bons...)

 

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