La complainte (et la colère !) d’un militant socialiste du " oui "  à la constitution européenne.

S’est-on réellement aperçu de l’immense travail (méconnu) que doit produire un partisan socialiste du " oui " , du coût exorbitant qu’il doit payer en terme d’engagement personnel pour défendre une position d’évidence si auto-destructive (en l’occurrence faire progresser la " liberté " des marchés en se faisant passer dans le même temps pour " socialiste "  et ami des " dominés ") ? Mais comment, à l’heure de la dénonciation de la condition d’esclaves de certains employés d’ambassades, peut-on méconnaître l’injuste travail de Sisyphe auquel est condamné un militant du " oui " socialiste, spécialement s’il n’hésite pas à mettre en jeu un nom connu et une réputation publique (comme François Hollande, Dominique Straus Khan, Julien Dhrey, et maintenant Lionel Jospin qui ne pouvait pas ne pas s’honorer dans ce combat, sans parler de tous ces militants méconnus et anonymes…) ?

Comment par exemple ne s’est-on pas encore aperçu de ce travail proprement inouï qu’il faut produire pour apprendre aux français à dissocier nos actes d’hier et les mesures libérales que nous avons pu prendre lorsque nous étions au gouvernement (n’avons nous pas reçu les félicitations du Wall Street Journal ! ! !)

Comment ne s’est-on pas encore aperçu de l’effort surhumain qu’il nous faut produire quasiment quotidiennement pour faire oublier que nous avons déjà promis hier que l’Europe apporterait un " mieux " social (comme Martine Aubry déclarant juste avant le référendum de Maastricht à Béthune le 12 septembre 1992 " L’Europe, ce sera plus d’emplois, plus de protection sociale et moins d’exclusions "), une affirmation aussitôt bafouée dans les faits les années suivantes (ce n’est pas les économistes du BIP 40, indice de mesure de la progression des inégalités sociales, qui me contrediront) ?

Comment a-t-il pu échappé aux observateurs les plus sagaces de notre société le travail psychologique extrêmement pénible que Lionel Jospin a du réaliser sur lui même pour aller signer à Barcelone en 2002 avec Jacques Chirac la privatisation à peine voilée d’E.D.F et de la Poste tout en affirmant ici défendre " les services publics à la française " ( ou encore lorsque Dominique Straus Khan n’hésitait pas à déclarer publiquement " nous ne privatiserons jamais France Télécoms " ) ?

Comment encore tous ces pseudos observateurs de la vie politique française qui se pensent si lucides n’ont-ils pas vu tout l’art subtil  des stratégies de communication à double fond que nécessite le fait d’aller signer des lois libérales qui détruisent l’état social tout en faisant semblant de résister à celles-ci (comme Lionel Jospin encore signant le traité d’Amsterdam en faisant semblant d’imposer quatre conditions de façade à l’efficacité pratique nulle et déjà oubliées par tout le monde) ?

Quelqu’un s’est-il aperçu encore de toutes les compétences extraordinaires qu’a du déployé Jack Lang lorsqu’il était à la direction de l’Education Nationale pour jouer l’étonné devant la pénétration évidente de la publicité et des entreprises privées dans les écoles et l’extraordinaire tour de force qu’il a dû réalisé pour faire semblant de réagir à celles-ci en élaborant " un code de bonne conduite " qui sous apparence de lutter contre celles-ci, consacrait leur droit à le faire ( en quelque sorte " le loup peut entrer dans la bergerie s’il est poli à l’entrée ")

Y a-t-il eu encore quelqu’un pour se rendre compte des têtes d’ahuris que nous avons dû prendre pour faire semblant de découvrir la dangerosité de la directive Bolkestein, alors que nous avions participé à son élaboration très consciemment auparavant? et etc...

Non ! Ce déni de justice élémentaire est à proprement insupportable. Ces gens, mes amis,  sont d’évidence le prolétariat méconnu de la modernisation du P.S et de la société française. Et ce déni est d’autant plus insupportable qu’il est particulièrement facile d’identifier ceux qui s’opposent à la reconnaissance de ces personnes extraordinaires qui, à coup sûr, laisseront leur nom dans l’histoire du courage civique à contre pente. En effet, le partisan du non présente toujours le même profil typique d’imbécile qui n’a rien compris à l’évolution contemporaine de nos sociétés. Il rapporte les discours aux actes. Il garde la mémoire des promesses d’hier. Il considère que quelqu’un qui lui a menti plusieurs fois lui mentira encore une fois. Il ne croit pas aux mots jetés sur un papier sans engagement précis et coercitifs, mais préfère regarder l’état réel de ses droits et l’évolution de sa condition matérielle concrète. Bref, s’enfonçant dans son refus de regarder les choses comme nous lui disons qu’elles sont, il fait comme si nous vivions dans une société ou pour avoir un avenir, il vaudrait mieux miser sur la solidarité sociale plutôt que sur sa participation à l’émission " qui veut gagner des millions ". Autrement dit, il refuse d’évoluer et de se moderniser, il reste accroché à ce passé que nous voulons dépasser.

Or, il y a pourtant un moyen simple et radical de précipiter sa chute et de l’obliger à évoluer malgré lui. Sachant que d’office, en proclamant que l’Europe doit être avant tout une société " hautement compétitive " , ce principe est ipso facto logiquement incompatible avec les valeurs d’égalité et de fraternité (puisqu’il oblige à se battre dans une compétition pour prendre le dessus sur les " autres " qu’on doit transformer en " perdants "), pourquoi n’aurions nous pas l’honnêteté frontale de déclarer ces valeurs illégales et inutiles? Je pense qu’ainsi la population française nous serait éternellement grès d’avoir rendu lisible un document dont on se demande parfois s’il n’a pas été écrit intentionnellement pour être illisible par le citoyen ordinaire. Et ainsi les " gens biens " n’auraient plus à se masquer derrière ce travail de dénégation si dévastateur en terme de dépense d’énergie inutile. Or l’énergie devient un bien rare. Je vous le jure, nous vaincrons......

Lionel Goutelle (une "complainte" écrite juste avant la victoire du non)

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