1)  Le Réformiste et le Contestataire

2)  La Direction et la Base du syndicat

3) L’électeur ouvrier et le " socialiste " partisan du oui.

 

Le réformiste et le contestataire

Le Réformiste dit un jour au Contestataire:
"Tu as beau jeu de refuser le système.
Une concession ne t'est jamais nécessaire,
Et la réforme t'est toujours un blasphème.
Tu refuses la moindre exploitation,
Et n'accepte pas une once d'illusion.
Alors que nous les syndicats réformistes,
En acceptant de participer et de gérer,
Nous acquérons puissance et efficacité,
Et nous ne passons jamais pour utopistes.
Tout vous est contestation,
Tout nous semble collaboration.
Encore si vous participiez
Aux fonds de pension éthiques
Dont nous couvron la république.
Demain, vous n'auriez plus à mandier.
Nous vous protégerions,
Finie la stérile opposition.
Mais vous persistez le plus souvent
A refuser le nouveau sens libéral du vent.
Votre survie dans un tel système
Me semble bien blême.
-Votre compassion, lui dit le contestataire,
Part d'un bon naturel, mais quittez ce souci.
Le système m'est moins qu'à vous sursitaire.
Je plie, et ne romp pas. Vous avez jusqu'ici
Peu investi dans le système capitaliste
Et ses projections irréalistes.
Mais attendons la fin". Comme il disait ces mots,
Accourut de Wall Street la plus terrible info
Qu'un réformiste "éthique" puisse imaginer:
L'entreprise phare du plus réputé
Des fonds de pension "éthiques" existant
Venait d'être reconnu sans faux fuyant
Comme une des plus cyniques et endettées.
Le modéré gère, le révolté conteste.
La crise obligée redouble d'intensité,
Et fait si bien qu'elle devient funeste
Pour celui qui prétendait faire cohabiter
Profit financier et bonheur des salariés.

( d'après "Le Chêne et le Roseau", La Fontaine)

 

La direction et la base du syndicat

Le syndicat a deux parties
De son utilité parfois ennemies,
Direction et base; et toutes deux
Jouent quelquefois un jeu
Qui peut s'avérer mortel:
Si bien qu'autrefois entre elles
Il survient de grands débats
Pour le pas.
La base avait toujours contrôlé le bureau.
Les permanents se plaignirent
Et dirent.
"Nous faisons maints procès verbeaux
Comme il plait à celle-ci.
Mais croît-elle que nous la consulterons toujours ainsi?
On nous a élu pour la démocratie,
Ses représentants et non ses suivants.
Nous sommes d'utilité supérieure,
Et notre pouvoir doit avoir plus de grandeur.
Mieux qu'elle nous portons
Au gouvernement nos récriminations.
Enfin, voilà notre requête:
C'est à vous militants de vôter
Que seul le bureau décrète
De l'action de la base l'utilité;
Nous la conduirons si bien
Qu'on ne se plaindra de rien."
Les adhérents, trop heureux de se décharger
De ce travail et de telles responsablités,
Confient donc tout pouvoir à leur direction.
Mais bien plus tentés par les subventions
Accordées aux syndicats "réformistes"
Que par l'attaque des capitalistes,
Voilà que nos apparatchiks dirigistes
Privilégient de leurs pouvoirs la reproduction
Plutôt que l'avancée des revendications.

Malheureux les militants des syndicats réformistes.

(d'après "La Tête et la Queue du serpent", La Fontaine. Mais aussi et surtout "le fétichisme politique" de Pierre Bourdieu)

 

L’électeur ouvrier et le " socialiste " partisan du oui.

 Un certain " socialiste ", dans une Europe
Que les financiers dominent
Et que les pauvres maudissent,
S’en allait chercher du " oui " l’ enveloppe.
Un démagogue dis-je, à l’entrée d’un scrutin
Aperçut un prolo sans lendemain.
Je laisse à penser quelle joie !
" Bon électeur, dit-il, qui l’aurait à son croc.
Eh ! que n’es tu cadre ? car tu me serais hoc :
Au lieu qu’il faut ruser pour avoir cette proie.
Rusons donc. " Ainsi dit, il vient argumenter,
Se dit héritier de Jean Jaurès ;
Qu’il connaît les vices des marchés
Des droits sociaux la nécessité,
Qu’il sait guérir, sans faiblesse,
Toutes sortes de maux. Si sieur prolo voulait
Ne point celer son vote,
Lui socialo gratis le guérirait.
Car le voir dans cette posture idiote
Voter non sans se moderniser
Témoignait quelque mal, selon la médecine.
" J’ai, dit le prolo d’une pensive mine,
Un doute sur la partie trois de ce traité.
-Mon fils, dit le socialo, il n’est pas de partie
Au dessus des droits sociaux.
J’ai l’honneur de représenter les prolos
Et de ces droits, on ne pourra faire fi. "
Mon socialo n’argumentait qu’en mentant
Afin de happer son malade.
Lui qui s’en doutait, vote " non " d’ une ruade,
Qui vous lui met en marmelade
Ses mensonges et ses faux engagements.
" C’est bien fait, dit socialo en lui-même fort triste ;
Chacun à son métier doit toujours s’attacher
Tu veux faire ici le socio-capitaliste,
Et ne fus jamais que la voix des dominés. "

(D’après " Le Cheval et le Loup", La Fontaine)

 

 

 

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