Avouons-le: nous traversons aujourd’hui une crise de crédibilité, et cela tant vis à vis de nos électeurs traditionnels, que vis à vis de nos millitants, de notre "base". reconnaissons-le aussi. Pour progresser, il faut savoir parfois reconnaître des qualités à ses "adversaires", et ne pas hésiter à prendre des leçons dans leurs façons de faire, particulièrement si elles marchent. C’est ce que personnellement j’appelle une "attitude intelligente". Or, quand Nicolas Sarkosy, (à propos des gens qui ont osé héberger des sans papiers dans le pas de Calais) a inventé un espèce de délit "d’humanité trop prononcé" ( !), quand Patrick Le Lay a dit ouvertement vendre "du temps de cerveau disponible" à un fabriquant d’obèses légal, etc (les exemples ne manquent pas de ce culot dans le cynisme à visage découvert....), ils ont pris une longueur d’avance sur nous dans l’honnêteté, fusse l’honnêteté dans le cynisme (mais les français ne sont peut-être pas forcément aussi réticents que ça au cynisme ouvert. Ou en tout cas, d’évidence, ils le préfèrent à un "humanisme" comme le notre dont on sait qu’il n’est que de façade et cache un "cynisme honteux"). Et, il faut aussi le reconnaître, ils n’ont pas forcément perdus de partisans pour autant (Nicolas Sarkosy est toujours aussi populaire, et T.F.1 n’est pas spécialement boycotté par ses spectateurs). Ils ont osé dire au grand jour ce qu’ils font, et que tout le monde voyaient qu’ils faisaient. Et je sais, pour l’avoir entendu dans nombres de bouches d’électeurs qui nous ont fait défaut en 2002, que beaucoup des nôtres vivent très mal ce début d’O.P.A de la droite sur l’honnêteté du discours. Ceci dit, ils n’ont pas encore osé allé si loin que ça dans cette direction, pourtant d’évidence intelligente et prometteuse en terme de rentabilité électorale. Et je pense que nous pouvons encore facilement les battre sur leur propre terrain.

L’acquisition de cette capacité à "l’honnêteté ouverte" nous est d’autant plus nécessaire que certains chercheurs (Frédéric Lordon, Loïc Wacquant....souvent des "fils spirituels" de Bourdieu qui se sont parfois regroupés dans des collectifs comme "raisons d’agir", etc...) font semblant "de nous prendre à nos mots", à nos anciennes "valeurs", et démontrent avec une facilité déconcertante (et je mets au défi quiconque d’entre nous de les affronter sérieusement sur le terrain de la raison et de l’honnêteté intellectuelle dans des conditions de débat normales) que nous ne sommes ni honnêtes, ni intelligents, mais de plus en plus souvent menteurs, illogiques, calculateurs, et par voie de conséquence inhumains il faut bien le dire (Ne serait-ce que par indifférences aux conséquences concrètes de nos décisions et de nos non décisions politiques. Et il faut remercier Pascal Lamy d’avoir eu l’intelligence de refuser de participer à une émission de télévision où, pour une rare fois, il était opposé à un représentant "intelligent" du non à la constitution européenne. En l’occurrence Raoul Jennar). Non, osons le reconnaître. Ce combat consistant à défendre oralement des valeurs que nous détruisons (ou laissons détruire) dans nos gestes et nos non-gestes politiques quotidiens est perdu d’avance. Et nombre de nos électeurs, spécialement ceux qui nous ont vu à l’œuvre sur plus de vingt ans, savent tout cela "intuitivement", ne serait-ce qu’en voyant à quel degré la concurrence inhumaine et la destruction des valeurs de solidarité s’est installé à son aise sous nos années de gouvernement (pensez que c’est nous qui avons initié la privatisation des services publics, la destruction d’un système de retraite par répartition, etc., toutes choses que la droite n’aurait jamais pu faire seule. A preuve, les remerciements du Wall Street Journal, institution libérale s’il en fut, à Lionel Jospin)

Osons le dire. La solution n’est pas dans ce "suicide de la malhonnêteté" dans lequel nous sommes en train de nous enfoncer chaque jour un peu plus hypocritement. Il est temps pour nous aussi de faire notre "coming out", notre aggiornamento et d’oser dire, d’oser proclamer haut et fort nos nouvelles "valeurs" et notre nouvelle "ligne de conduite" à visage découvert. Oui nous voulons le marché quasiment partout (il faudra quand même préserver l’armée et la police). Oui, nous interdisons aux sociologues d’étudier sociologiquement la délinquance, oui nous avons déjà été, nous les partis socialistes européens, en majorité en Europe et le libéralisme a progressé avec notre accord explicite et enthousiaste, oui la pauvreté est normale lorsqu’on n’est pas rentable (avons nous augmenté les minima sociaux lorsque nous étions au gouvernement?) Oui, nous privatiserons EDF, la Poste, la Santé et l’éducation dans une large mesure, comme nous avons laissé privatiser France Télécom (rappelez vous Strauss Khan déclarant "nous ne privatiserons jamais France Télécom". C’est ce genre de paroles qui nous tuent)... croyez-moi, tout cela, les Français le savent de par leur vécu et ils nous jugent sur nos actes, et non sur nos discours. Le temps des faux discours est donc révolu. Acceptons-le. Et osons aller au fond de nos nouvelles valeurs: débaptisons notre parti pour le dénommer "libéraux de gauche".Et je pense qu’à la manière de Tony Blair battant la droite sur sa droite pour avoir osé être plus libéral qu’elle-même, nous pouvons nous aussi gagner cette bataille de l’honnêteté. Nous sommes des défenseurs conscients et déterminés du libéralisme, reconnaissons-le, et tout le monde y gagnera en clarté. Et puis autre avantage évident pour nombre d’entre nous : cela nous éviterait de somatiser tous ces mensonges que nous sommes obligés de prononcer réunions après réunions. Car entre nous, j’en vois certains d’entre nous qui sont mal à jouer ce petit jeu du faux socialiste... En guérissant ainsi tous ces petits et gros symptômes dus à l’obligation de mentir, nous éviterions nombre de visites médicales et apporterions notre modeste contribution à la lutte contre le déficit de la sécurité sociale. Un (petit) geste qui, habilement exploité en terme de moralité et d’image de gens propres, ne manquerait pas de produire son effet dans les futures élections... Pensez-y. D’évidence, nous avons tout à gagner dans ce virage de l’honnêteté. Cours camarade, le vieux monde est (déjà) derrière toi.....(un texte bien trop sincère pour être vrai, imaginé sans grande difficultés par Lionel Goutelle)

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