Qui le croirait en entendant les cris d’indignation morale unanimement prononcés par la plupart des « grands médias » de notre pays à propos de la banderole particulièrement inhumaine déployée par certains supporters extrémistes lors du match de football Paris Lens, et assimilant les gens du nord à des « pédophiles, des  alcooliques et des chômeurs » ? Et pourtant, c’est bien le résultat de ses propres reportages et de sa propre « éducation » (!!!)  que la presse a enregistré sur cette banderole ce jour-là !
En effet, un journaliste tenant à rester anonyme (et l’on comprend bien pourquoi ) a vendu la mèche en aparté : « Je travaille en « free lance ». C’est-à-dire que je fais mes propres reportages, et s’ils intéressent les médias, je les leur vend ensuite. D’ailleurs, en général, une clause tacite du contrat, c’est que le reportage, à peine modifié, sera signé par quelqu’un d’autre que moi. Mais passons… Personne ne sait donc, tant qu’elle n’est pas vendue, quelle enquête je suis en train de faire. Ce qui vous explique que personne ne savait qu’à ce moment là j’étais en « immersion prolongée » depuis pas mal de temps  dans le milieu des supporters ultras parisiens. Et là je dois dire que j’ai été estomaqué. On pense en général que ce genre de personne n’a pas de « vie culturelle », de vie de l’esprit. Ce n’est pas si simple. À la vérité par exemple, ils écoutent beaucoup les journaux télévisés, et ils adorent lire la presse relatant les faits divers les plus « trash ». Et comme ces faits divers sont de plus en plus traités par tous les médias, y compris ceux dits  « sérieux », le spectre de leurs lectures s’est largement ouvert ces dernières années. On est passé du journal « Minute » au journal « Le Monde » sans obstacle culturel particulièrement insurmontable (du moins dans ce genre de chroniques et d’affaires). Ou pour le dire autrement, la presse « sérieuse » est tombée si bas ces dernières années qu’elle peut être aujourd’hui jugée « enrichissante » par un supporter inculte et raciste… Ainsi, je sais qu’ils ont dévoré les journaux télévisés et la presse pendant l’affaire d’Outreau et bien d’autres du même type. Ce qu’ils adorent dans ce genre de reportages sur la « vraie vie », c’est que les journalistes semblent de plus en plus se donner la peine d’écrire pour des gens « simples »  comme eux sans bagage culturel particulier. Que ce soit sur T.F.1 ou sur Antenne 2, dans La Voix du Nord ou dans Le Monde, dans Libération ou dans Le Figaro, ils trouvent de plus en plus de quoi nourrir et confirmer le bien fondé de leur vision du monde et de leur idéologie. Ainsi je peux vous dire que la banderole exposée au Parc des Princes n’était qu’un résumé synthétique et neutre de tout un tas de citations extraites de journaux télévisés et de coupures de presse qu’ils ont soigneusement accumulé et archivé (et vous pouvez d’ailleurs vérifier vous même l’exactitude de leurs sources). Ainsi une bande vidéo du journal télévisé de France 2 du 15 novembre 2001 ou l’on voit David Pujadas annoncer devant des millions de téléspectateurs (à propos de la fausse affaire d’Outreau): « une nouvelle affaire dans le Nord, particulièrement glaçante. Quatre enfants d’une même famille, âgés de 4 à 11 ans, étaient prostitués par leurs parents pour payer les courses en quelque sorte et éviter les saisies d’huissier ». Et le reporter Gilles Marinet d’enchaîner : « Les quatres enfants ont d’abord été violés par leur père, puis par des proches. Certains sont des commerçants du quartier… ». Sur T.F.1 encore, on peut entendre un avocat en mal de gloire expliquer à Claire Chazal « le moment ou la petite fille est agressée, le moment où elle refuse encore, où on la force encore, et puis le moment où arrivent les coups, les coups de pieds, etc, et que la petite fille commence à saigner de la bouche et puis…et puis qu’elle finit par mourir » (TF1, le 12/01/02). Haydée Sabéran dans Libération (11/01/02) : « Le groupe d’enfants se trouvait au milieu d’une grande pièce, avec des jouets. Sur le côté, une table, avec des préservatifs. Les adultes se tenaient autour. Régulièrement, un adulte venait se servir, et repartait dans un coin avec l’enfant pour l’agresser sexuellement ou le violer, parfois avec des accessoires. Il s’agissait d’en utiliser le plus possible, puisque les séances étaient filmées, et les films vendus ». Francis Puyalte dans Le Figaro (15/01/02) « on veut plutôt croire qu’elle est (la cité de la Tour-du-renard à Outreau, ndrl), comme beaucoup d’autres cités semblables, dans le Nord-Pas-de-Calais et ailleurs, victime de l’explosif cocktail : chômage, alcool, oisiveté, promiscuité… L’inceste n’est alors jamais bien loin ». Valérie Brioux et François Vignolle dans le Parisien (le 27/06/02) : « Le drame d’Outreau se joue sur fond de misère sociale, « dans une région où l’alcoolisme, les comportements incestueux, la pédophilie sont presque culturellement admis » insiste un enquêteur ». Le Monde donne lui aussi la parole à un « as du barreau » qui s’exprime ainsi : « C’est devenu une sorte de mode de vie dans les cités. On se tape une bière comme on se tape un garçon » (édition du 24/01/02). Françoise Lemoine et Delphine Moreau dans Le Figaro du 12/01/02 : « Spirale infernale dans la région Nord-Pas-de-Calais : pédophilie, inceste, crimes sexuels, viols… Pis, des parents n’hésitent pas à prostituer leurs propres enfants. Depuis plusieurs années, des affaires plus sordides les unes que les autres se déroulent dans le nord de la France ». Qu’ils osent l’avouer ou pas, sur cette banderole ce jour-là, c’est bien le résultat de leur propre éducation que les médias les plus puissants de notre pays ont vu imprimé noir sur blanc si j’ose dire ».

(Lionel Goutelle. Un texte sans grande imagination après la lecture – indispensable ! - du Plan B et du dossier « Outreau, Haro sur les prolos » dans l’Almanach critique des médias  d’où la majorité des citations, pour ne pas dire des passages entiers, sont extraits. J’espère qu’ils ne m’en voudront pas d’avoir effectué ce « plagiat éhonté »)








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