Il règne en France -pays de la pseudo " liberté d’opiner "- un terrorisme particulièrement insupportable : celui de la caricature intelligente et courageuse, dite " bonne ". En effet, jusqu’à maintenant la caricature suivait des règles qui -pour en être implicites- n’en étaient pas moins coercitives : Attaque du fort plutôt que du faible, position courageuse en face du non dit refoulé d’une société, interdiction implicite de caricaturer des populations en danger de perception raciste, attaque ad hominem des puissants de sa propre société qui peuvent pourtant menacer directement ou indirectement la carrière du caricaturiste lui-même, qui fait en sorte de prendre seul, de monopoliser les risques inhérents aux réactions violentes provoquées par sa caricature. etc…

Ces limites, " intériorisées " par tout bon caricaturiste qui se respecte, ont indéniablement borné l’imaginaire de nos caricaturistes, et donc en conséquence celui de nos concitoyens. Elles ne conviennent absolument plus à notre société contemporaine ou la " fluidité sociale et démocratique " est devenue de règle. Surtout, elles ont contribué à faire que l’art de la caricature soit perçu comme un art " d’ouvreur d’yeux ", monopolisé par une fraction bien précise de la population : Quelques " intellectuels " de gauche, voir d’extrême gauche, peu enclins à se dessaisir de leur privilège culturel (comme d’habitude. On veut bien partager le P.N.B et les biens matériels dans ce milieu, mais on ne touche pas au partage du capital culturel ! Tu m’étonnes…). Nous voudrions " casser " ce monopole insupportable, et contribuer à inventer des caricatures " populaires " et démocratiques, accessibles au premier venu, fut-il (pour le dire brutalement) de droite, raciste et peu éduqué, et injustement méprisé comme un beauf par l’ancienne formule de Charli-Hebdo (et nous trouvons là une occasion de faire amende honorable envers ces fractions de la population auxquelles nous avons tant fait de mal par le passé. Rappelez-vous ces caricatures de beauf si blessantes des années soixante-dix…Un jour, nous ferons repentance sur cette période, j’en prends l’engagement….Et merci à Jean Marie Le Pen et consort de commencer à nous citer dans leurs discours)

En ce sens, nous soutenons fortement les caricatures dites " danoises ", et notamment celle qui, à peine implicitement, fait de tout pratiquant de l’Islam un terroriste en puissance. En effet, à y regarder de prêt, cette caricature fait justement voler en éclat ce carcan si peu démocratique de la " caricature de gauche et à contre courant des idées dominantes " et, dans un acte de courage particulièrement fou et audacieux dont on n'a pas encore pris toute la mesure (une contribution indéniable à la lutte du bien contre le mal que même Georges Bush n’aurait pas osé !), se permet de piétiner un à un tous les principes implicites de la caricature dite " intelligente", dont le seul but semblait être de mettre à distance et de moquer le " français moyen inculte " (comme s’il avait choisi sciemment de l’être ! Bon sang : relisez Bourdieu et les lois de la transmission du capital culturel !). En effet, à y regarder de près, et contrairement à la caricature "intello ", cette caricature est  :

  1. " Facile " (tant au niveau de la production que de sa lecture) et donc accessible au premier venu, car bâtie sur les préjugés les plus communs dont les médias nous rebattent les oreilles chaque jour. Mieux : on peut quasiment dire que son " humour ", pour être ressenti, nécessite une absence de culture sur ces choses là. Plus un esprit est déformé par son niveau d’information sur ces choses là, moins elle le fait rire. C’est donc là la preuve patente de l’orientation populaire et démocratique de ces caricatures : elles font spontanément de l’audimat. Et l’audimat est aujourd’hui la sanction de la démocratie comme chacun le sait.
  2. Facile à produire du point de vue de l’imaginaire (parce que justement elle ne nécessite aucun imaginaire), elle prend ouvertement le parti du plus fort (Georges Bush et ses croisades) plutôt que celui du plus faible (la population musulmane pacifique et majoritaire amalgamée à ses extrémistes). Elle ouvre donc pour " l’artiste " qui s’y livre des perspectives de carrière intéressante en cas de montée d’une conjoncture raciste (chose que justement elle précipite) nécessitant des caricaturistes racistes. Bref, elle crée simultanément une demande et des emplois de qualité (car généralement les caricaturistes qui ont le courage de se mettre au service des puissants sont bien mieux rémunérés, directement ou indirectement, que ceux qui contestent l’ordre social dominant, condamnés à vivoter marginalement. Comme on le voit donc, ce genre de caricature défend donc naturellement de bonnes conditions de travail).
  3. Elle démocratise le risque habituellement pris seulement et égoïstement (le salopard !) par le caricaturiste lui-même, pour le faire partager malgré elles par des personnes s’excluant habituellement de ce genre de luttes pour lesquelles elles se jugent à priori incompétentes ou (sagement ?) désintéressées. Ainsi un prêtre italien, sans doute en raison de sa religion et de sa couleur de peau (comme si on lui avait appliqué la caricature symétrique inverse en quelque sorte) a-t-il eu l’honneur de mourir pour ce combat sans l’avoir demander (et ce n’est sans doute pas le dernier)... A preuve que ces personnes ne demandaient que ça au fond d’elles même sans oser le proclamer : le fait qu’au plus les vengeances provoquées par les caricatures se tournent contre elles, au plus ces personnes entrent dans le combat et affirment ouvertement leur hostilité aux caricaturés. .
  4. Elle permet aux petits égos d’artistes méconnus d’exister comme jamais dans l’histoire. En effet, d’habitude, l’Histoire est toujours faite par les grands hommes, les grands caricaturistes. Pour une fois, au contraire, c’est un petit caricaturiste méconnu et médiocre qui met le feu au monde ! Bref, avec cette caricature " bon marché " (à tous les sens du terme) si facile à produire, le premier venu peut occuper aujourd’hui à bon compte la place de Voltaire et se prendre pour l’incarnation de la liberté d’expression (et ce d’autant plus facilement que, répétons le, lui sera probablement protégé par la police, et que son " engagement " sera en vérité payé par des dizaines d’anonymes dans le monde. Il vaudrait mieux le nommer " désengagement " d’ailleurs tant il est si peu assumé par son " propriétaire ". Un peu comme s’il existait des plans pour faire payer l’acquisition de votre logement par un tiers locataire sans que ça vous coûte un sous) N’est-ce pas là le genre de démocratisation radicale que nous recherchons depuis longtemps ? etc, etc…. .
  5. Il est donc évident que ce genre de caricatures " bon marché " révolutionne le genre traditionnel de la caricature et lui ouvre des perspectives jusqu’alors inconnues en terme de "rentabilité sociale " et de " communication démocratique ". Finies les caricatures hermétiques qui, non seulement ne parlaient pas au peuple n’ayant pas eu la chance de bénéficier d’un accès à la culture, mais se permettaient souvent de prendre ses préjugés pour cible !  " cours caricaturiste, la vieille caricature est derrière toi ". Bienvenu donc dans la société de marché, vive la presse enfin populaire et accessible.. Et gare à ceux qui s’aventureraient à oser produire encore des caricatures " vieux style ". Nous nous occuperions d’eux. Et nous avons beaucoup plus d’amis qu’eux ! En tout cas des amis plus riches en terme d’accès aux médias et de puissance sociale. Aujourd’hui les grands patrons se vantent d’apprécier l’humour de Charli- Hebdo. Ne l’oubliez pas…..Philippe Val. (un texte imaginé sans grandes difficultés par Lionel Goutelle)
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