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Vous vous doutez bien qu’au vu du combat que je mène, je ne voudrais pas que mon nom soit entaché d’une quelconque partialité politique inavouée. Que cela soit clair : les valeurs que je défends (comme la lutte contre la violence, quelle  que soit sa forme !) sont universelles et ne sauraient souffrir aucune exception ! 
Or je n’ai pas pu ne pas constater lors de ma libération que je donne une apparence qui ne me convient pas tout à fait. À voir la morphologie sociale du public qui me soutient en France, on ne peut pas ne pas avoir l’impression qu’on a là (à quelques exceptions notoires prêts) le « camp du oui à l’Europe Libérale » : grands journalistes anti-grévistes et pro réformistes pour entraver le partage des richesses et appauvrir encore plus les  pauvres (type Yves Calvi, Philippe Labro, etc.…) , bourgeoisie parisienne à la Bertrand Delanoë prête à se battre pour avoir les jeux olympiques à Paris, mais jamais pour soutenir le système de retraite par répartition et le renforcer à une heure ou pourtant les bourses mondiales s’effondrent, expulseurs de sans papiers avec ou sans état d’âme (des sans papiers travaillant pourtant dans des conditions inhumaines depuis parfois plus de dix ans pour enrichir à l’œil l’économie française) racolant à n’importe quel prix les électeurs de Jean-Marie Le Pen…Bref, il semblerait que je sois devenu malgré moi le symbole de la « bonne cause » pour une élite sociale notoirement coupée de son peuple, et cherchant par tous les moyens à redorer une autorité morale particulièrement discréditée.
Pour casser cette impression que me donnent malgré moi des médias et des milieux sociopolitiques par trop marqués à droite  (qu’elle soit « décomplexée » de  type Sarkozy, ou encore légèrement complexée et honteuse  de type  Delanoë ou Royale et consort) , je voudrais me livrer à un de ces vrais gestes militants engagés et clairs susceptibles de démasquer ces « faux vertueux » intéressés  à récupérer mon combat (on reconnaît immanquablement les vrais gestes militants au coût psychologique qu’ils impliquent en terme de consensus apparent qu’il faut briser, et de personnes souvent importantes et bien vues qu’il faut oser se mettre à dos, alors qu’elles détiennent un pouvoir qui à un titre ou à un autre peut s’avérer malfaisant pour vous). Pour se faire, il me faut cibler avec pertinence un cas où les valeurs que je défends ont été clairement mises à mal, non pas par un groupuscule d’extrême gauche d’office condamné bien évidemment par toutes les élites bien pensantes du monde occidental (il n’y a là rien d’étonnant), mais au contraire par des gouvernements de droite particulièrement bien installés et bénéficiant d’une complicité passive (ou très active parfois) des diplomaties et des peuples occidentaux.
Nous prétendons que la violence, les enlèvements, et à fortiori le terrorisme sont des choses inacceptables quelle que soit leur couleur politique ? Nous  voulons « justice jusqu’au bout » comme l’a dit très imprudemment Georges Bush après les attentats du onze septembre (sans s’apercevoir qu’on pouvait très facilement retourner sa devise contre lui-même)? Tous les êtres humains se valent quelles que soient leurs origines nationales ou sociales, qu’on s’appelle Ingrid Betancourt, Aida Duvaltier, ou autre ? Alors, si ces valeurs sont sincèrement les nôtres, nous ne pouvons pas accepter par exemple que soit discrètement enterré le dossier des responsabilités de l’administration américaine dans l’instauration de régimes fascistes en Amérique Latine dans les années soixante dix et quatre-vingt (parmi tant d’autres dossiers bien sûr comme celui concernant par exemple la sale guerre d’Irak, plus contemporain. Mais vous comprendrez qu’on ne peut pas s’occuper efficacement de tout d’une part, et d’autre part qu’en raison des liens affectifs particuliers qui m’unissent à l’Amérique Latine, celui-là me tienne particulièrement à cœur). Et que l’on ne vienne surtout pas me dire que ces affaires sont « loin » dans le temps. Cette réponse serait aussi indécente que si l’on avait demandé  aux survivants de la déportation en France d’ignorer les responsabilités de Klaus Barbie dans celle-ci, sous prétexte que des décennies s’étaient écoulées depuis les faits incriminés. De même, que l’on ne vienne surtout  pas me dire que dans ces affaires-là, les responsabilités afférentes de l’administration américaine sont opaques ou secondaires (le simple fait que la maison blanche se soit opposé à la tombée dans le domaine public des archives de cette époque est à sa manière un aveu). Je les ai justement « ciblé » parce que les faits sont suffisamment (re)connus et avérés pour que par exemple une cour de justice internationale ( !!!) elle même ait déjà qualifié les U.S.A sous la direction de Ronald Reagan « d’état terroriste » ( !!!) et ait reconnu une responsabilité active de l’administration américaine dans nombre de massacres ultra violents (comme par exemple le minage des ports du Nicaragua qui aurait fait entre trente cinq mille et cinquante mille morts, soit au bas mot plus de dix fois le nombre des victimes du Word Trade Center !). Et pourtant, des hommes comme Henri Kissinger (dont il est reconnu qu’il est mouillé jusqu’au cou dans l’opération Condor par exemple) et Ronald Reagan sont honorés aux Etats Unis et en France comme de « grands hommes » (par exemple un animateur télé comme Michel Drucker s’est senti obligé  d’honorer en direct sur la télévision française Ronald Reagan comme un grand homme le jour de son décès), comme si la mort de centaines de milliers de personnes due à leur action en tant qu’homme politique était secondaire, comme si on ne pouvait pas toucher à Ingrid Betancourt, mais qu’on puisse liquider tranquillement des centaines de milliers de « petites gens » dans l’indifférence la plus totale, parce qu’ils ont eu le tort de n’être que de petits paysans inconnus, et d’user de leur droit de voter pour des partis politiques de vraie gauche (c’est à dire concrètement qui obligent la bourgeoisie locale au partage de la richesse nationale, ceci pour rappeler au passage à Delanoë et consort ce que sont les  critères d’une vraie gauche).
 Vous comprendrez bien qu’au vu de mes valeurs, cette « humanité à géométrie variable » me soit particulièrement  insupportable. Aussi, je demande de façon expresse à monsieur Sarkozy qui a promis lors de sa campagne de faire des droits de l’homme une valeur cardinale de son action, mais aussi à tous mes  vrais « fans », de mener des campagnes officielles pour que les hommes politiques les plus impliqués dans ces massacres, qu’ils soient sud-américains ou américains, répondent enfin de leurs actes (et de leur non actes) pendant cette période, et soient enfin sanctionnés en conséquence (un premier geste symbolique particulièrement fort pourrait consister à refuser de leur serrer la main en circonstances officielles par exemple)! En effet, les massacres commis pendant cette période sont au bas mot au moins équivalents en horreur à ce que les F.A.R.C ont fait, et même très certainement bien supérieur en terme de victimes et de violence ! Il n’y a qu’une justice, et elle doit être la même pour tout le monde. Voilà donc un combat qui démontrera de façon éclatante que nos valeurs ne sont pas feintes, et ne sauraient souffrir aucune exception. Il en va de  ma/notre crédibilité en temps que militant sincère et déterminé d’un monde pacifié. Dieu m’en est témoin. Votre dévouée Ingrid.

(un texte malheureusement imaginé par Lionel Goutelle, car je doute que Ingrid Betancourt soit capable de ce genre d’honnêteté radicale et non orientée…Mais promis, si elle entame ce genre de combat, je commencerai à croire en elle)

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