Bizarrement, quand quelqu'un se fait l'avocat du diable, on pense qu'il prend forcément le parti du diable. En vérité, il n’en est rien. Et on peut se faire l’avocat du diable sans nécessairement se faire de grandes  illusions sur la vertu de celui-ci. Et il se pourrait bien que l’avocat du diable soit au final son pire ennemi. Celui qui pourrait s’avérer le plus mortel pour lui s’il réussit sa plaidoirie. En effet, que fait celui-ci lorsqu’il se permet de prendre la défense de gens à priori vus et présentés comme moralement indéfendables (les siffleurs de marseillaise, les délinquants sans mobiles apparents, voire ceux qu’on qualifie de  « terroristes »,etc…)?
Il  vise seulement à rendre conscient les adversaires proclamés du diable, les belles âmes, de ce qui, dans leurs propres comportements (notamment les injustices sociales sur lesquelles ces belles âmes voudraient fermer les yeux), nourrit la logique de révolte du diable, habille sa révolte de « bonnes raisons » qui lui permettent trop facilement de masquer un goût déplacé pour la violence. Et donc, en appelant ainsi à la prise de conscience des bonnes raisons qu’a le diable de se montrer révolté (comme le font par exemple les sociologues des banlieues lorsqu’ils expliquent la genèse d’une émeute dans les banlieues), il appelle à isoler expérimentalement ces bonnes raisons et à les détruire pour mieux rendre apparent et injustifiable la violence anormale du diable, sa part « obscure » qu’il cherche, et réussit un peu trop facilement, à camoufler. Son raisonnement est le suivant : « Vous prétendez que ces gens sont inciviques et n’ont aucune raison autre que leur violence pour se montrer agressifs ? Alors coupez leur  l’herbe sous le pied en leur ôtant toute bonnes raisons de se révolter. » si vous refusez d’agir ainsi (en disqualifiant par exemple les études de sociologie dans les quartiers sous prétexte qu’elles « excusent » les délinquants), vous avouez alors implicitement que vous avez un intérêt malsain à l’existence du diable. Vous avouez que vous êtes des complices objectifs de la violence du diable, que vous ne voulez pas réellement le détruire en lui permettant de mélanger bonnes et mauvaises raisons de se révolter.
Bref, contrairement aux apparences comme bien souvent, l’avocat du diable est bien celui qui cherche à se débarrasser le plus radicalement possible du diable. Et inversement,celui qui refuse de chercher et de prendre en compte les bonnes raisons qu’a le diable de se montrer révolté, est un complice de celui-ci, le meilleur ami qu’il puisse trouver pour continuer à jouer son jeu malsain.






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