On pourrait croire que les comportements et les paroles suivantes ont été imaginées par un caricaturiste  particulièrement pervers. Et pourtant, il n’en est rien….Ils/elles ont existé, et on peut le vérifier…D’après Karl Kraus, quand la caricature a du mal à caricaturer la réalité, c’est là un des pires signes que peut donner une " société " sur son état de santé réel… Il faut croire que nous sommes  en état de maladie très avancée (irréversible ?)

 

 

 

1) Steewy, l’ignare qui demande la légalisation de l’ignorance.

avertissement : Malgré les apparences, la scène suivante ne se passe pas dans une organe de propagande politique déclaré, lieu " naturel " de tels comportements (et encore : ils y seraient certainement ressentis par des gens intelligents désirant convaincre des indécis comme particulièrement caricaturaux et contre productifs au final) mais sur un " service public " ( ! ! !) et qui pis est, dans une émission dite de " divertissement " ( " diversion " serait peut-être un mot plus approprié).

Mardi 18 avril, émission " on a tout essayé " de Laurent Ruquier. On reçoit ce jour là un essayiste particulièrement " décapant " et " courageux ", à " contre courant "  des "préjugés dominants" des français, comme il sied lorsqu’on est " moderne " (ah, notre " arriération "! quelle souffrance et quelle honte pour des gens aussi éclairés qu’eux…). Sa thèse, si subversive, qu’il convient d’avoir le courage de soutenir contre vents et marais (et qui, assurément, ne trouvera pas d’autres appuis médiatiques) ? Aujourd’hui en France on a honte d’être de droite ( ! ! !)…et il appelle à être fièrement de droite (comme quoi le culot dans la malhonnêteté peut être encore un coup jouable dans nos " démocraties "). Passage en revue donc de son essai par les différents chroniqueurs de l’émission. Bien sûr, la majorité des chroniqueurs (ceux qui ont appelé à voter oui à l’Europe libérale me semble-t-il) le trouvent " juste et honnête ". Ils ont souvent ressentis dans la société française le même état d’esprit que notre auteur décapant . Vient donc le tour de Gérard Miller dans son rôle de l’opposant de service (il parle à un contre cinq au bas mot, et s’il est vu de façon intéressé par les autres participants du plateau comme " extrémiste ", il incarne en vérité -quand on a une connaissance un tant soi peu sérieuse du spectre des analyses et des positions qui peuvent exister aujourd’hui dans la gauche française - une gauche molle et ambiguë –jospiniste ?-, voire corrompue par le libéralisme sur bien des points. La seule " utilité " de sa présence sur un plateau si orienté politiquement pourrait bien être -avec les autres chroniqueurs silencieux et " neutres " du plateau en majorité numérique- de servir de " caution démocratique " aux libéraux durs de l’émission qui mènent la danse, même s’ils sont numériquement minoritaires : car quatre libéraux francs en face de dix muets et de deux opposants ambigus, ça donne toujours l’avantage aux quatre libéraux. Tel est d’ailleurs souvent la structure truquée que l’on retrouve dans la plupart des débats médiatiques, y compris les plus " sérieux " et qui fait que la société française semble se " droitiser " naturellement ….Ces manipulations artificielles consistant à "squizzer" des opinions et des analyses que les médias refusent de reconnaître comme légitimes, notamment à gauche, explique que les médias soient si souvent " à la masse " sur des questions ou la possibilité est donnée au peuple d'exprimer des opinions contraires à celle du "bon sens médiatiquement dominant" comme sur la question de l’Europe. A y regarder de pret, cee n’est jamais là que le mécanisme de fermeture sur soi même qui a emporté l’aristocratie française sous la révolution, et qui présente pour le moins des analogies frappantes avec nos "élites" médiatiques ou autres du moment ….). En effet, les libéraux de notre plateau, en radicalisant ainsi artificiellement sur leur gauche un gauchiste timide, font passer à bon compte leur libéralisme extrémiste pour modéré et sage. A commencer par Laurent Ruquier lui-même d’ailleurs, faux modérateur particulièrement habile à faire de la propagande sans en avoir l’air, qui par le choix des chroniqueurs, des invités et des essais passés en revue, prédétermine largement le champ des choses dicibles et pensables sur son plateau, sans parler du maniement ciblé de son humour quand émerge par le plus grand des hasards une question sérieuse et dérangeante (par exemple, verra-t-on un jour -sans qu’ils soient interrompus- des auteurs de la collection " raisons d’agir " sur son plateau ? On en doute….Pourtant il s’agit vraiment là d’essais argumentés qui contredisent point par point la doxa que nous déversent à longueur de temps nos " casseurs de préjugés " jamais contredits. Mais vu les conditions imposées par ce genre d’émission, il y a fort à parier que de tels auteurs refusent cette fausse prise de parole, massacrés qu’ils seraient d’avance, ne pouvant déployer la longueur de leurs arguments précis et minutieux à l’inverse des généralités vagues et courtes de nos essayistes…et on les comprends). Gérard Miller donc, gauchiste attitré du plateau, a pour une fois une réaction digne, et trouve risible l’ouvrage de notre auteur dans sa malhonnêteté (sans oser dire le mot cependant). Comment peut-on défendre une telle thèse à l’heure où tous les médias lui semblent tenir peu ou prou le même langage libéral (et de fait on sait que Sarkosy se vante d’avoir les médias qui comptent pour lui)? Surgit alors Steewy qui, il faut le reconnaître, a au moins l’honnêteté de prononcer noir sur blanc ce qu’il est et ce qu’il veut. Et le voilà qui, dans un premier temps ne répond pas à l’objection de Gérard Miller (et pour cause, rire…) comme si implicitement il était normal que tous les médias soient libéraux, et nous vante dans un second temps le modèle anglais comme étant une réussite incontestable (le nombre de pauvres aurait été divisé par deux ou trois grâce au passage de Tatcher ! Il oublie de préciser  que malgré cela - qu’il reste à vérifier tant les manipulations statistiques et surtout les contes de fée sont monnaie courante chez ces gens là- le nombre de pauvres rapporté à la population globale reste bien supérieur chez nos amis anglais à ce qu’il est dans notre modèle " arriéré " à nous! cf " alternatives économiques " qui n’est pas spécialement gauchiste….). Laurent Ruquier se tourne alors vers notre opposant attitré pour lui demander de répondre aux objections de notre grand économiste Steewy. Gérard Miller, timidement comme il sied à un opposant qui doit intérioriser son infériorité structurale sur un tel plateau, esquisse un réponse. " Il faudrait du temps pour réfuter une à une les affirmations de Steewy… ". Et ne voilà-t-il pas que notre Steewy national, caricature vivante qu’aucun caricaturiste  n’aurait jamais pris le risque d’inventer par peur d’aller trop loin dans la caricature, saute à la gorge de notre pauvre opposant timide, avec des paroles du genre : " y’en a marre de tes raisonnements foireux. Tout le monde le dit et le sait que l’Angleterre se porte bien (on se demande bien pourquoi le matin même dans l’émission " le fou du roi " on recevait un écrivain qui nous disait que parmi les raisons qui emmenaient des anglais à vivre en France, il y avait la qualité et le coût de la médecine française comparée à la médecine anglaise qui, malgré des progrès récents dus à sa re-nationalisation partielle, était dans un état lamentable suite à sa mise au pas par Tatcher, l’idole de notre idole. De même, si Stewy avait l’oreille fine, il aurait entendu il y a un ou deux mois, même si ça a été dit vite et en douce par les médias, que le système de retraite anglais -vers lequel on nous oriente pourtant !- ne marche pas et est en faillite en Grande Bretagne….). Et de continuer avec des paroles du genre " Y’a qu’ici (sous entendu dans ce pays) que des gens comme toi peuvent encore parler comme ça, etc…. " Bien sûr, Ruquier rit, plutôt que de jouer son rôle de modérateur sérieux, puisque le débat était devenu ouvertement politique. D’ailleurs ne sommes nous pas dans une émission pas sérieuse, de " variété " (et on se demande bien où est la variété d’ailleurs)? Dans sa diatribe, Steewy, même s'il ne le dit pas toujours ouvertement, laisse clairement entendre ses souhaits, si peu implicites (anticipe-t-il la prochaine étape dans les médias? l' interdiction légale des raisonnements anti-libéraux, avec prison et hopitaux psychiatriques à la clé ? On aimerai ne pas le  croire. Mais ne sommes nous pas déjà à deux doigts d’enfermer les grévistes comme des bandits….) : Il faut interdire les gens comme Gérard Miller (alors à fortiori, ceux qui lisent " raisons d’agir " c’est même pas la peine d’en parler….) et il ne devrait y avoir que des gens comme moi à la télé. L’information ne doit venir que des cercles libéraux et ne doit jamais être contredite. Les impôts ne devraient pas exister et les pauvres sont responsables de leur pauvreté….etc

.Bref, en résumé, ce jour-là, sur un service public et dans une émission à priori a-politique, on a donné le monopole de la parole à un point de vue ultra-libéral quasiment fasciste qu’il était interdit de contredire (on a laisser, et fait applaudir bruyamment la prise de parole violente de Steewy.) …

Ceci dit, il ne faut pas en vouloir à Steewy. Il est peut-être victime de " l’hystérisis d’un habitus " comme disait Bourdieu formé dans les conditions si particulières de la télé " réalité " dont il est une des emblèmes vivantes (Steewy pouvait-il se faire un nom en endossant autre chose que le personnage de celui qui est capable de coups de culot apparents et sans risques aux services des dominants d’une époque qui ne demandent que ce genre d’audaces ? Il est permis d’en douter…Et gageons que, si nous étions en régime communiste, l’équivalent strucutal historique de Steewy ne serait pas le résistant libéral à contre courant vraiment courageux, mais une espèce d’artiste d’état au service de la propagande du parti qui demanderait l’interdiction des contestataires dans l’autre sens…). Il pourrait transférer (un peu trop vite peut-être pour l’instant) dans le domaine politique une des règles implicites qui fait gagner –à tous les sens du terme- dans la télé réalité : soit apparemment culotté et ne respecte rien, sinon les puissants du moment….

Et puis il confirme surtout de façon dramatique la comparaison qu’établissait Flaubert entre le statut de la prostituée et celui de l’aspirant artiste dans nos société, obligé de se vendre aux dominants du moment et à leur goût sans états d’âme pour vivre de son " art " , quoique personnellement j’ai beaucoup de mal à entrevoir de quel " art " vit Steewy….Ou plutôt, je ne le vois que trop...

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