(le dessin est de Vincent Pinchaux, grand militant devant l'éternel....)

On s’est bien gardé en haut lieu de s’en vanter. Suite à la création d’un " pool juridique " chargé de plancher sur la simplification des lois afin de les rendre plus " lisibles " par le citoyen de base, un fonctionnaire aurait été discrètement écarté pour avoir pris trop sérieusement au mot sa mission. En effet, celui-ci constatant la dissymétrie systématique qui frappaient les délinquants suivant le milieu social auquel ils appartenaient (par exemple la " peine " frappant un emploi fictif dans certaines mairies -dont le coût pour la collectivité se chiffre pourtant en dizaines de milliers d’euros- n’est souvent que symbolique, quand elle n’est pas " amnistiée ", alors qu’une insulte à un homme politique peut se chiffrer par trois mois de prison ferme, et tant d’autres exemples si " parlant " selon sa propre expression…) avait mis au point un " coefficient  de tolérance à la délinquance " suivant le milieu social et divers indices plus ou moins fins concernant la trajectoire sociale d’un individu (selon son " capital social ", sa " notoriété ", ses " responsabilités publiques ", etc…) . Il proposait de légaliser officiellement ce coefficient " qui crève les yeux et que tout le monde applique de fait ", et de lui donner force de loi !
Ainsi dans son classement (appuyé systématiquement par une étude empirique incontestable d’une grande finesse sur les dernières grandes affaires en France : émeutes en banlieue, affaire d’Outreau, emplois fictifs de la Mairie de Paris, etc….), les " médias " bénéficiaient ouvertement d’un quasi droit  au mensonge non sanctionné (exemple d’une des preuves –parmi tant d’autres !- qu’il fournit à l’appui de son modèle : aucun journaliste de l’affaire d’Outreau ayant inventé des faits imaginaires n’a été obligé à une repentance publique, sans parler d’une peine réelle, ou à fortiori d’une obligation à une réflexion sur les mécanismes du monde journalistique qui amènent à ce genre de comportement quasi-structurels, et aux moyens d’y remédier ) mais aussi à un droit de lynchage officiel (par exemple, aucun journaliste ayant détruit la vie du bagagiste de Roissy n’a subi de sanctions réelles). Après moult exemples réels, constatables par quiconque n’est pas frappé d’amnésie sur les dix dernières années de la vie de notre chère république, il attribue (ou plutôt il dit : " notre république attribue de fait ") un coefficient " divisé par dix " pour la délinquance journalistique. Suivant le même raisonnement, et s’appuyant sur les dernières affaires concernant les dirigeants politiques chargés de donner l’exemple dans nos sociétés, il attribue (ou plutôt il conclut au terme d’une longue démonstration empirique difficilement contestable : " de fait nous attribuons ") un coefficient divisé par cinq pour la délinquance de nos dirigeants….Et ainsi d’attribuer à certaines formes de délinquance un coefficient modérateur de notre justice , comme si elles n’étaient pas vraiment de la délinquance….
Par contre il est une délinquance qui est ressentie comme particulièrement insupportable par notre " république ", alors que ces dégâts sont objectivement bien moindre que la première (un emploi fictif ou un appartement payé sur l’Etat, ce sont des centaines d’heures d’enseignement en moins pour les jeunes tentés par la délinquance….) : C’est la délinquance des pauvres, spécialement s’ils sont originaires de nos banlieues…Ici, à délinquance égale, en terme de destruction matérielle, le coefficient devient positif, et même très positif….Ainsi lorsqu’un délinquant de banlieue détruit ouvertement une voiture d’une valeur de 1500 euros (un acte purement symbolique puisque contrairement aux emplois fictifs sa délinquance n’améliore pas sa vie matérielle personnelle, preuve s’il en fallait d’une " délinquance " qui n’a pas pour but de vivre sur autrui contrairement aux emplois ficitfs) , il écope d’office de prison ferme sans aucun droit à de quelconques " excuses ", fussent-elles " sociologiques " et crevant les yeux….Bref, au terme de sa comparaison empirique (et pour invalider ses arguments, il faudrait nier les jugements prononcés ces 20 dernières années), notre juriste proposait un coefficient de " multiplié par cinq " pour un acte de délinquance provenant de ces milieux…..
On comprend que cette officialisation des mœurs réels de notre " justice " est été ressentie comme particulièrement " explosive " par nos " dirigeants " qui se sont empressés d’étouffer l’affaire. Mais la vraie question est-elle la naïveté de notre fonctionnaire ? Nos dirigeants seraient bien naïfs de le croire…..On se demande parfois s’ils ont conscience du feu qui couve dans ce pays dont on enseigne encore (et cela fait pas mal rire nos jeunes des banlieues) qu’il a inventé les " droits de l’homme "…..

(ps Si on pense que cette fiction est une caricature particulièrement injuste, on peut lire Pierre Tévanian "le ministère de la peur", éditions l'esprit frappeur.)

 

 

 

 

 

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