Nous, habitants " modestes " et vieux des grandes villes européennes, demandons qu’on ait le courage de dire ce qu’on fait sciemment de nous : une extermination programmée et voulue au coin de la rue. Sachant que nous n’avons pas les moyens de nous payer des climatisations, sachant que nous sommes obligés de vivre et de dormir fenêtres ouvertes alors qu’on permet aux voitures de circuler pour un oui pour un non dans nos villes, on sait bien qu’on nous oblige soit à fermer nos fenêtres et à mourir de chaleur, soit à ouvrir nos fenêtres et à mourir de pollution, de bruit et d’air chaud que d’autres fabriquent (et nous envoient presque directement dans la bouche dans certaines rues !Et cela pour mieux se prélasser dans leur salon climatisé à côté de nous qui mourons à petit feu dans l’appartement d’à côté. Est-ce cela la démocratie ? ).

Le refus de légiférer dans ce domaine (droit à brûler de l’énergie pour un oui ou un non) en laissant certains citoyens dans l’opulence et d’autres dans la misère, équivaut à faire payer le confort (souvent très secondaire, comme lorsque quelqu’un, sous prétexte qu’il est riche, climatise un appartement volumineux et entier à toute heures) d’une partie de la population par le meurtre implicite et inavoué de l’autre. S’il est vrai que tous les hommes sont égaux, et que toute dépense d’énergie en temps de réchauffement climatique est un luxe, alors les dépenses d’énergie doivent-elles être strictement rationnées dans le double but de protéger l’environnement (et donc la vie future des générations à venir) et d’en faire profiter toute la population sur un pied d’égalité.

En conséquence nous demandons que les gouvernements aient le courage de faire ce pour quoi ils sont faits : protéger les populations, y compris et surtout contre leur propre folie autodestructrice. Il est évident que nous devons baisser drastiquement nos consommations d’énergie. Mais il est évident que dans le même temps, puisqu'osons nous l’avouer, nous sommes dans une situation limite de survie au jour le jour, il faut démocratiser (sous peine d’exterminer sans oser le dire) le droit à dormir trois à quatre heures par jour dans des conditions de température et d’air propre normales. Car ce droit concret élémentaire est bafoué tous les jours et dans toutes les grandes villes européennes ! Il n’y a donc qu’une seule solution possible : réduire d’un côté les dépenses énergétiques qui ne relèvent pas de la survie mais du loisir facultatif, et de l’autre augmenter et payer (par un impôt de solidarité réel) l’équipement en climatisation (ou des dispositifs produisant le même but pour une dépense d’énergie minimale) des personnes les plus exposées dans les grandes villes . Autrement dit, établir et contrôler un droit par personne à disposer chaque jour d’un endroit où dormir trois à quatre heures dans des conditions normales (et contrôler et punir les personnes qui excèdent ce droit pour des raisons de " confort secondaire ").

Toute autre politique qui essaierai de louvoyer avec ces principes qui s’imposent de fait comme une question de vie ou de mort sera vue par nous comme un génocide sciemment programmé qui n’a pas le courage de dire son nom (soit contre l’environnement et donc la vie de nos enfants, soit contre les personnes fragiles et manquant de ressources financières actuellement, soit contre les deux actuellement). C’est là la seule façon de gérer les choses qui s’impose comme notre dernière chance de sortir de cette impasse sciemment mortelle à court terme que nous avons construit pour les populations les plus fragiles de notre monde actuelle ( mais dont il n’est même pas dit, si tel était le calcul qu’elles aient fait, qu’elle ne s’avère pas aussi mortelle pour les populations les plus riches sur le moyen long terme. Car qui peut prévoir ce qui se passera après le triomphe des hypothèses les plus défavorables ? sinon un autre stade plus défavorable et imprévisible ?).

Nous ne permettrons pas qu’on dise qu’on ne savait pas ce que l’on faisait. Continuer comme nous vivons actuellement est un meurtre. A bon entendeur salut.

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