Cher ami.

Je ne peux m’empêcher de prendre la plume tant mon étonnement est grand. En effet, pour te parler franchement, je ne m’attendais pas à ce que nous ayons les mains aussi libres à Gaza et au Liban. Tu verras que bientôt, nous pourrons même tuer des soldats de la paix sans que, mis à part les traditionnelles protestations de pure forme aussi vite oubliées ( drôles de rites à vrai dire), cela suscite une réaction digne de ce nom. Mais où est-il le temps ou le général De Gaulle imposait l’embargo sur Israël qui - en représailles à un événement pourtant bien plus grave que l’enlèvement de trois soldats qui justifient nos actuels massacres (alors que cet enlèvement répondait lui-même à un autre enlèvement, mais chut…)- avait osé détruire dix avions civils sur l’aéroport du Liban? (entre nous, permets moi de sourire). Et je ne te parle même pas des massacres à grande échelle que nous nous permettons de commettre au Liban et à Gaza . La loi du talion que nous sommes en train d’imposer, ce n’est plus " œil pour œil, dent pour dent " mais " trente enfants au berceau et une centaine de civils exterminés pour l’enlèvement d’un soldat violant sciemment le droit international  depuis au moins une quarantaine d’années" (permets moi de sourire). Sans oublier bien sûr, toute la violence indirecte -mais dont les effets sont tout aussi dévastateurs (sinon plus dévastateurs d’ailleurs)- provoquée par notre démolition méthodique et systématique de l’infrastructure d’un pays (routes, centrales électriques, etc…). Des destructions qui, loin d’être stratégiquement secondaires, offrent l’avantage à moyen terme de faire monter la haine contre Israël dans le monde arabe, ce qui nous donnera donc l’alibi nécessaire par la suite pour frapper tout le monde indistinctement. Car je suppose que je ne t’apprends rien en te disant que la direction que nous avons choisi sciemment est la guerre totale que nous voulons provoquer et que nous remporterons (nous avons la supériorité en armement pour l’instant et nous sommes à peu prêt sûrs de gagner la guerre si elle a lieu demain. Mais il n’en sera peut-être pas toujours de même, notamment si nos adversaires arrivent à acquérir, comme nous même nous le sommes permis, l’arme nucléaire) . Mais, nous n’y sommes pas encore, et il faut bien " chauffer " nos adversaires pour les pousser à " péter les plombs " et à commettre cet acte de violence au moins aussi grave que l’un des nôtres (permets moi de sourire) et qui nous servira ensuite de prétexte pour entrer dans une guerre encore plus radicale. Et oui, je sais : cela veut dire que cette stratégie de la tension (très consciente) sacrifie volontairement quelques civils israéliens pris au hasard et qui serviront de réceptacle à cet acte de colère arabe que nous faisons tout pour provoquer. Mais promis, nous leur élèverons une stèle .

Certains ici considèrent, un peu narcissiquement je dois dire, que notre force vient uniquement de notre armée . Mais à la vérité, il n’en est rien. En toute justice, si nous sommes si forts, osons le dire, c’est aussi et surtout grâce à la lâcheté et à la malhonnêteté des pays occidentaux (d’ailleurs les libanais ne s’y sont pas trompés qui commencent à attaquer les bâtiments des institutions internationales pour leur duplicité). En effet, sans oser le dire officiellement (car c’est inavouable noir sur blanc. Cette fois je me permets de rire franchement), ils nous font bénéficier d’une " clause d’extraterritorialité " par rapport à l’obligation d’être logique dans ses raisonnements et de respecter le droit international. Car enfin, entre nous, comment s’y prendrait logiquement, chronologiquement dirais-je, quelqu’un qui aurait vraiment pour volonté de lutter contre le " terrorisme "  comme ils font semblant de le prétendre? Il commencerait par examiner de prêt les raisons que le terroriste invoque pour justifier sa violence. Et s’il y avait, parmi toutes ces raisons, quelques rares bonnes raisons mettant en lumière une injustice flagrante à son égard, nos " ennemis déclarés de la violence " s’empresseraient prioritairement de répondre favorablement à ces rares bonnes raisons. Cela afin de mieux isoler, pour les rendre plus visibles, les mauvaises raisons que notre " terroriste " a de perdurer dans sa violence. C’est ainsi que l’on délégitime le terrorisme, en lui " coupant l’herbe sous les pieds ", et en ne lui laissant surtout pas le moindre bout de chose juste à dire. Or, que trouve-t-on à l’origine de la naissance du " terrorisme " dans cette région ? Un non respect, depuis plus d’une quarantaine d’années au moins, du droit international concernant nos frontières. Autrement dit, ce droit international pour lequel on est prêt à faire des centaines de milliers de morts lorsqu’il concerne les intérêts du monde occidental (comme par exemple lorsque l’Irak envahit le Koweït), on a le droit de le bafouer en toute tranquillité depuis une quarantaine d’années lorsqu’il concerne le droit des palestiniens dans cette région ! Si ce droit international à géométrie variable qu’on respecte dans un sens mais jamais dans l’autre, c’est pas " se foutre de la gueule des gens " comme on dit ailleurs, alors moi " je me fais curé " (cette fois, je me permets de rire sans ton autorisation).

Mais tu ne sais pas tout encore ! Figure-toi que dans certains de ces pays, comme en France par exemple, la lâcheté et la peur commencent à être si " naturelles " dans les comportements quotidiens concernant ce problème qu’on arrive à poursuivre en justice pour " antisémitisme " quelqu’un qui ose aborder logiquement ces problèmes de front (une peur qui fait que beaucoup de gens fuient ce problème en se faisant passer pour " neutres ", anticipant sagement la violence que nous déchaînerions contre eux s’ils s’avisaient de mettre le nez dans ce problème. Et ils font bien) . Ainsi Daniel Mermet a-t-il été poursuivi pour " antisémitisme " pour avoir oser diffuser des messages d’auditeurs qui ne supportaient plus cette dissymétrie " naturelle " que les " pro-Sharon " voulaient imposer dans l’appréciation de la légitimité de leur violence. Mais le plus intéressant n’était pas là à vrai dire. Il était dans la réaction faux cul d’un journal comme Le Monde, -institution qui bénéficie encore d’une réputation pourtant lointaine de sérieux- qui faisait semblant de ne pas voir que ce qui était en cause dans ce procès, c’était la liberté d’avoir une opinion tout court (je te renvoie à l’analyse qu’en a faite " acrimed " sur le net). Entre nous, que Daniel Mermet ait été relaxé, c’était (encore) normal et prévisible (mais plus pour longtemps je te le promets) . Mais qu’il n’y ait pas eu de sanctions contre ceux qui ont construit cet amalgame d’évidence injuste et foireux, et qu’un journal comme " Le Monde " ne se soit pas associé à la protestation contre cette tentative d’intimidation de la liberté de penser, c’est là le plus beau signe que nous pouvions recevoir comme quoi, derrière leurs gesticulations de façade, les " démocraties " occidentales et leurs principales institutions chargées de donner (en théorie) l’exemple du courage civique ont renoncé à être justes et neutres dans ce problème, ont renoncé à appeler un chat un chat, et un état qui viole sciemment le droit international depuis au moins quarante ans la cause essentielle du problème. Bref, nous sommes à deux doigts de violer la raison en toute impunité, et à deux doigts de faire passer une vessie pour une lanterne. C’est là le premier signe de notre victoire pour sûr. Bon, je te pris de m’excuser pour l’aspect un peu brouillon de cette lettre. Mais comme tu le sais, en cet inoubliable été 2006, j’ai beaucoup de réunions avec mes généraux. Ton éternel ami…..

Une fausse lettre imaginée -sans beaucoup d’imagination d’ailleurs- par Lionel Goutelle.

 

 

 

 

 

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