Nous, vieilles personnes riches agressées, osons faire le constat suivant (qui crève les yeux, mais que personne n’a le courage de faire !) : La majeure partie des agressions que nous subissons ne sont pas si " gratuites " qu’on veut bien le dire. Certes, il existe quelques cas rares relevant de la "déviance psychologique " et de l’ " amoralisme pur ", comme lorsqu’un fils de bourgeois ( l’un des nôtres ?) à l’avenir pourtant assuré nous agresse sans raisons apparentes (ce qui ne veut pas dire qu’il n’obéit pas à une logique psychologique qu’il appartiendra aux psychologues de découvrir. Mais en tout cas, son cas ne relève pas d’une mauvaise organisation de la société qui n’a rien à se reprocher). Mais dans la majorité des cas des agressions que nous subissons, nous constatons que nos agresseurs présentent un " profil  sociologique " systématiquement dissymétrique du nôtre. En effet, nous sommes vieux, ils sont jeunes. Nous sommes riches, ils sont pauvres. Nous sommes diplômés, ils sont en échec scolaire. Nos parents étaient déjà des bourgeois, les leurs sont souvent d’office pauvres (notamment sur le plan culturel, capital " incorporé " à la personne, et donc d’autant plus efficace en sourdine qu’on ne le voit pas). Bien que physiquement et mentalement diminués, la société met à notre disposition –par l’intermédiaire de nos moyens financiers extraordinaires- des moyens d’enrichissement tant matériels que mentaux extraordinaires. Bien que physiquement et mentalement, ils sont dans la force de l’âge, ils sont déjà condamnés au " sous-développement " en matière d’épanouissement personnel, tant matériellement que " mentalement " ….etc, etc…Bref, à y regarder de prêt, ils sont très (et trop) souvent l’exact opposé de nous dans l’espace social. Et l’on sait qu’avec les politiques libérales suivies par les divers gouvernements occidentaux actuels, les distances dans l’espace social (et donc les distances mentales entre les différents " milieux sociaux ") se sont extraordinairement agrandies. Ainsi avons-nous entendu dire que des chercheurs en sciences humaines ont calculé que si l’écart des richesses entre le haut et le bas de la société était de l’ordre de 60 sous l’ancien régime (juste avant la révolution française), il serait aujourd’hui de l’ordre de 250. Même si cet indice est peut-être critiquable, il ne fait aucun doute que les écarts sociaux sont plus grands que jamais dans l’histoire humaine.

Aussi, par certains côtés, nous n’en voulons pas à ces " pauvres " jeunes qui sont pourtant nos agresseurs ( ! vous noterez notre extraordinaire effort d’ouverture mentale : " comprendre son agresseur " est certainement l’exercice le plus difficile qu’on puisse demander à un être humain, spécialement s’il est vieux et que ses facultés mentales commencent à se rigidifier). Tout le problème vient qu’ils ont été élevés avec une fausse devise : " liberté, égalité, fraternité ". Il est donc normal qu’ils ne supportent pas des gens vieux totalement à l’abri du besoin en état de " touriste voyeur " de leur propre misère alors qu’ils sont eux même (en théorie) au sommet de leurs capacités de bonheur. Le fruit de la guérison de la majorité des agressions de " vieux riches " est donc là : il nous faut éduquer très jeunes nos enfants pauvres à respecter l’inégalité sociale comme un fait naturel et même souhaitable. Très concrètement, on pourrait par exemple imaginer que sous haute surveillance de la police, avec une fréquence raisonnable pour qu’ils s’y accoutument, de vieux riches traversent les cités d’urgence. Un peu à la manière dont Louis XIV paradait devant la noblesse pour bien lui faire accepter l’ordre social de son époque (preuve de l’efficacité de ce rituel, ce n’est pas ceux qui y ont été soumis qui se sont révoltés contre la royauté, mais justement ceux qui en ont été exclus : Le peuple et la petite noblesse. Pensez-y). Bref, il s’agit dès le plus jeune âge, par toute forme d’éducation directe ou indirecte, de cultiver chez les jeunes pauvres la cécité aux inégalités sociales de telle manière qu’ils ne voient leur salut non pas dans la réforme de la société et l’abolition (ou l’atténuation profonde) des hiérarchies et des injustices sociales plus grandes que jamais, mais dans la possibilité d’occuper eux même le haut du pavé, d’être dans la position de celui qui gagne contre les autres.

" Je demande que l’école arrête d’enseigner la devise " liberté égalité fraternité ". Je demande qu’elle adopte la devise " vive les inégalités sociales et malheur au perdant". Elle éviterait ainsi beaucoup de méprises. Le temps de l’honnêteté radicale est venu.

Signatures

Maude Pérotte, animatrice dans un talk show politique présenté comme une émission de divertissement.

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