Cette (fausse) lettre (comme tant d'autres documents prémonitoires à droite et à gauche depuis au moins quinze ans...) a été écrite il y a bien deux ans (publiée  sur le site "blacks de France" par exemple). Aujourd'hui, à l'heure où nos banlieues brûlent, on n'a pas le droit de dire qu'on ne savait pas ce qu'on fabriquait intentionnellement par toutes ces pseudos lois "libérales" (voir l'ouvrage "violences urbaines, violence sociale" de Stéphane Beaud et Michel Pialoux). Il est temps de traduire en justice (au moins symboliquement à la manière du jugement de Chirac dans "Là bas si j'y suis") tous ces homme politiques "autodestructifs" qui  ont laminé  l'obligation de solidarité sociale  dans la "société" française, ainsi que ceux qui réclament "la baisse des impôts", la "privatisation des services publics", le droit de "ségréguer à l'envers" leurs  quartiers qu'ils veulent "chics" etc....Les voilà les conséquences de ce qu'ils ont osé appellé leur "libéralisme".Tout ça n'a jamais été que de l'incivisme déguisé en "modernisation" , un lâchage et un abandon travestis en "liberté" et en "responsabilité individuelle" de la victime. Un peu comme si on déclarait ouverte la chasse au canard, et plutôt que d'incriminer ceux qui cherchent à le  tuer  et la puissance destructrice de leurs armes, on déclarait que c'est le canard lui même qui est responsable de sa mort parce qu'il ne vole pas assez vite....Mais de qui se moque-t-on? Louis XVI aurait dû nous apprendre pourtant qu'on ne peut pas ignorer le peuple sous des prétextes fallacieux...Eternel retour de l'histoire....

Lettre du petit délinquant aux gens qui se prétendent bien...

 OK connard, je suis un petit délinquant et c'est "mal", je le reconnais. D'ailleurs, pour te dire la vérité, je fais le fanfaron devant toi quand je fais mes conneries. Mais au fond de moi, je le vis très mal: en être réduit à ça pour avoir l'impression que ma vie a du prix, en vérité, quelle misère...
J'espère que t'auras remarqué, puisque tu te prétends cultivé, que pas mal de mes conneries (rayer une vitre de métro, foutre le bordel dans une classe, siffler la marseillaise sur un stade...) ont surtout pour but de rappeler aux autres mon existence à la con, fusse en les emmerdant (matériellement, je ne gagne rien dans ce genre de délit. Preuve qu'il y a beaucoup de symbolique là dedans). Mais passons...
Je suis prêt à le reconnaître donc: être délinquant, c'est "mal", et moi même à vrai dire, je préfèrerais être autre chose. Mais sincèrement, toi, connard, tu penses que t'as aucune responsabilité là dedans? Tu crois que t'es blanc comme neige? Tu crois que notre délinquance elle t'est tombée comme ça du "ciel" un beau jour dans les années 80?
D'abord, je te fais remarquer que même dans ce qui "tombe du ciel" (pollution, sécheresse), il y a la conséquence à peine détournée de ton sale petit égoisme social. Sois aussi  honnête que moi,  et  ose le reconnaître: t'es tellement "pourri" au fond de toi que t'es capable de foutre en l'air la vie future de tes enfants (ou ceux des autres, c'est peut être ça ton secret espoir, rire) pour ne pas renoncer à des besoins très secondaires: prendre l'avion pour faire du tourisme (sais tu que l'avion est une folie en terme de pollution?) , rouller en voiture climatisée  (sais tu que les gaz employés pour climatiser ta voiture ont un pouvoir nocif exorbitant dans l'atmosphère?) climatiser des pièces entières de ton appart  quand certains ne peuvent même pas climatiser 3 mètres carrés 4 heures par jour (bonjour la dépense d'électricité...) . Ose dire cette vérité qui crêve de plus en plus les yeux: Tu sacrifies sciemment l'avenir de beaucoup d'humains  à des besoins très secondaires auquels tu ne veux pas renoncer. Donc laisse le ciel là ou il est et reconnais-le: Ma délinquance connard,  c'est comme la pseudo "pollution" que tu fais semblant de constater en la produisant. Elle a pour origine détournée ton sale peit égoïsme social à toi. Tu veux des preuves? Rappelle-toi le livre de Pierre Bourdieu "La misère du monde": L'origine de la "délinquance" et du "problème des banlieues", c'est par exemple dans les années 70, quand monsieur Barre substitue "l'aide à la personne" à "l'aide à la pierre". Je t'explique en deux mots l'entourloupe (finalement, t'es pas aussi cultivé que t'en a l'air. Rire).
Avant cette loi, personne parmi les classes moyennes comme toi n'avait à l'esprit de devenir un petit propriétaire "peinard" loin des banlieues "invivables" des pauvres. C'était un état d'esprit et un projet rendu intentionnellement irréaliste par l'état français lui même. Ca coutait trop cher et on n'obtennait pas les prets des banques. Au contraire, les banques elles-même avaient dans leurs charges de financer le développement harmonieux des banlieues ("l'aide à la pierre") et personne n'y trouvait rien à redire! ça faisait parti d'une attitute civique alors naturellement acceptée. Tout le monde avait relativement bien compris qu'on ne gagnait rien à essayer de tirer son épingle du jeu en raissonnant en égoïste solitaire.
Arrive monsieur Raymond Barre qui a pour arrière pensée de casser cette relative solidarité entre les classes moyennes (donc toi) et les "pauvres" qui vivent en H.L.M. Il veut alors éloigner les français du "socialisme" (il a réussi au delà de ses espérences, puisqu'aujourd'hui les "socialistes" eux-même ne le le sont plus. Rire). Qu'est-ce qu'il fait notre homme, pour piéger les pigeons dans ton genre? Il caresse leur égoisme dans le sens du poil:  "vous aussi, vous avez le droit de devenir propriétaire, un privilège qui ne doit pas être réservé à une caste de privilégiés" (c'est toujours comme ça qu'on piège les cons). Il réoriente l'obligation des banques de participer au développement harmonieux des banlieues vers l'investissement dans des prets aux "individus". Ce n'est plus "tous ensemble" mais "chacun pour soi" les uns contre les autres en espérant ne pas être le dernier de la course. Résultat objectif de cette loi anti-sociale, véritable petit crime contre l'humanité (au sens propre: qui assassine l'obligation de se comporter en humain): une des frontières sociales les plus fortes de la société française et une véritable guerre sociale entre banlieues et petits pavillons  (Pierre Bourdieu parle de "non assistance à personne en danger").
Et toi connard, au lieu de réagir intelligemment, t'as marché là dedans. T'as couru même pendant toutes ces années de montée du pseudo "libéralisme". Et je veux payer moins d'impôts pour ces banlieues, et je veux pas que mon gosse soit dans une mauvaise école, et je veux pas de ces gens-là dans mon quartier, et je veux privatiser la sécurité sociale, et vive la retraite par capitalisation...
Et chaque fois tu m'assassinais un peu plus en m'enfermant dans mon ghetto et ma condition sociale de "pauvre". Et tu crois sincèrement que j'allais être une victime consentante? Ne me fais pas rire connard!
Ma délinquance, tu l'as patiemment construite pendant toute ces années de légitimation de ton égoisme social que t'as osé appeler "libéralisme". Du point de vue du vocabulaire, t'es méchemment plus culotté que nous. Dans l'aggresion par destruction du langage, t'es un délinquant hors de proportions avec nous. Félicitation d'un connaisseur. Mais méfie-toi quand même: un jour le courage d'appeler un chat un chat reviendra, et on donnera alors à toutes ces lois "libérales" leur vrai nom, celui de"lois de légitimation du meurtre social", fût-il différé, bien camouflé, et pratiqué par petits pas insensibles. Car on sait tous au fond de nous même que dès qu'il y a abandon de l'obligation de se comporter solidairement entre humains, il y a abandon sciemment programmé de quelqu'un quelque part.
Ton rêve, je le connais connard: ce serait qu'on crêve en paix dans nos banlieues sans te déranger en acceptant ta dominaion sociale. Et puis, pour te dire vrai, j'ai aucune confiance en ton honnêteté. Si vraiment tu détestais autant la délinquance que tu le dis tu punirais tous les délinquants en commençant par les plus grands. Or, non seulement tu les punis pas, mais t'es capable de les installer aux plus hautes fonctions de l'Etat et d'interdire à la justice de faire son boulot.Rire.
T'as pas l'impression d'être lourdement indécent? Bon allez connard, je te quitte. Mais réagis vite et fort. Je pourrai ne plus supporter ton imposture longtemps....

 A bon entendeur, salut...Lionel Goutelle (écrite autour de 2002-2003 si mes souvenirs sont bons)

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