Nous sommes en 2012. La France sort d’une grande grêve européenne gagnante qu’elle a impulsé, et qui a regroupé travailleurs du privé et du public qui ont eu (enfin !) l’intelligence de comprendre la cause principale de leurs problèmes : la montée en puissance du groupe social des actionnaires, et la " financiarisation " de la société. En effet, après avoir élu comme président Sarkozy sur des mots d’ordre ouvertement illogiques ou inhumains (" plus de travail pour ceux qui travaillent déjà ", " diminution de quatre points du PIB consacré aux dépenses publiques ", etc…), la France a inévitablement et logiquement connu une montée extraordinaire de la pauvreté et des injustices sociales qui sont devenues criantes, et donc une montée abyssale de la violence quotidienne: émeutes en banlieues à répétition, grèves réprimées, montée de la pseudo " délinquance gratuite " etc….Mais aujourd’hui, le cour de l’histoire a changé, et les yeux de la plupart sont enfin désillés . Non seulement on a imposé une Europe Sociale aux actionnaires dont la liberté de se livrer à un chantage sur l’emploi est ouvertement encadrée, non seulement on a élu en France un gouvernement aux normes sociales ambitieuses en termes de justice sociale, mais on a reconnu que la " période Sarkozy " était ouvertement, du point de vue " humain ", une folie " bushienne ", une période " anormale " et " hors la loi "  dont il convenait de trouver les responsables. Nous publions ici un extrait d’un de ces procès. On y juge à titre symbolique, parmi une multitude d’autres, des électeurs qui tentent de se déresponsabiliser en évoquant l’argument " qu’on ne pouvait pas savoir " ce qui allait se passer…

.Le président : " Mais en votant Sarkozy, vous ne pouviez pas ne pas savoir que tout cela était logiquement inéluctable. Il existait des chercheurs, pas forcément d’extrême gauche (je pense à Thomas Piketty !) qui vous avaient averti de l’inéluctabilité logique de ces conséquences sociales catastrophiques. Ils avaient même fait un petit film sur le site " l’autre campagne " où ils examinaient en détail dans plusieurs domaines tout ce qu’on pouvait logiquement anticiper des résultats du programme annoncé de Sarkozy. Ce qui est arrivé, vous l’avez donc voulu sciemment….

L’électeur : Mais je faisais confiance aux grands journalistes de l’époque comme David Pujadas ou des gens comme Laurent Joffrin dans la presse. Or, soit ils ignoraient ces gens, soit il les invitait dans des conditions telles de prise de parole qu’on n’arrivait pas à percevoir la logique de leur argumentation…On les faisait passer pour des opposants guignolesques de façade, à tel point qu’ils refusaient la plupart du temps de venir sur les plateaux ….

Le président (en colère). Monsieur, êtes vous idiot ou quoi ? Si vous perceviez que ces gens là, qui avaient effectivement quelque chose d’important à dire, étaient d’une manière ou d’une autre " censurés " sur les médias officiels, pourquoi n’alliez vous pas chercher leurs arguments sur les sites alternatifs d’information ? Vous venez de vous auto-condamner vous même en argumentant ainsi !….Mais je vous concède qu’il faudra poursuivre, et beaucoup plus fortement que vous même, ces journalistes " connus ". Mais ne vous inquiétez pas, avec le site acrimed, nous avons des archives….

 L’électeur : Et puis pour tout vous dire, l’opposante Ségolène venait du Parti Socialiste. Or nous l’avions vu pendant des années et des années au pouvoir. Et franchement, je n’avais pas senti une différence digne de ce nom avec la droite habituelle. Et cela autant, sinon plus ( !) au niveau des " valeurs " que le P.S défendait (n’avait-on pas entendu le P.S et Ségolène défendre le oui à l’Europe Libérale) que de ses réformes économiques (N’est-ce pas Strauss Khan qui a livré aux actionnaires privé Airbus ?) ….Du coup, je suis peut-être allé un peu vite en assimilant Ségo et Nico, et en me disant " quitte à être libéral, autant l’être à fond ".

Le président. Je vous concède qu’à bien des égards le P.S a lui même creusé sa propre tombe en s’auto-discréditant par ses réformes, et surtout en reniant parfois ouvertement ses valeurs (rappelez vous le " je ne me sens pas socialiste " de Jospin, ou le " je veux une France d’entrepreneurs " de Ségolène), afin de rester au pouvoir à tout prix. Et là aussi, ne vous inquiétez pas, il ne perd rien pour attendre…Mais tout de même Monsieur, le " social-libéralisme " de Ségolène était nettement plus doux que celui de Sarko en terme de violence sur la grande majorité….Certes, elle n’engageait peut être pas de fonctionnaires, mais elle ne divisait pas son nombre par deux ! Rendant ainsi inéluctable le futur échec de leurs missions, et fournissant donc l’alibi de leur privatisation, une technique déjà éprouvée par Margareth Tatcher pour faire accepter un nombre de pauvres anormalement élevé pour un pays européen! Certes, elle avait donné dans le discours sécuritaire, mais elle ne parlait quand même pas de tare génétique….Et puis, il y a une chose qui établissait clairement que Sarkozy n’était pas un démocrate de manière infaillible. Alors qu’il n’était même pas au pouvoir, il avait empêcher la sortie d’un livre défavorable sur lui, il avait menti sur les responsabilités de la police dans les émeutes de clichy sous bois (et cela même contre ses propres renseignements généraux !), il avait menacé ouvertement des journalistes, etc etc….Ces comportements étaient ouvertement ceux de quelqu’un qui piétine la démocratie…Certes, je vous concède que si nous étions dans une démocratie hautement surveillée comme la Suède ou autre (ou l’on vire un ministre pour un minime dépassement de budget public), de tels agissements auraient peut-être suffi à le rendre inéligible d’office. Mais ces comportements d’anti-démocrate, il prenait un malin plaisir à les afficher ouvertement…..Vous ne pouviez pas ne pas voir cela…

L’électeur (piteux et au bord des larmes, car il n’arrive même plus à se mentire à lui-même). Je sais, je sais….Que mes enfants (tout justes libérés de prison pour avoir participer sous Sarkozy à un rassemblement de " délit de solidarité ") me pardonnent…..

Une fiction sans grande imagination

 

 

 

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