Chère Margareth


Tu m’avais dit voilà longtemps « En France, vous ne pourrez jamais violenter les pauvres  comme nous l’avons fait  en Grande Bretagne ou aux U.S.A. D’une part ils sont trop malins et organisés, d’autre part même les classes moyennes ou les classes supérieures sont obligées de se comporter civiquement et de partager la richesse nationale ». Et bien, cette grande nouvelle que j’ai toujours rêvé de t’annoncer, je suis à deux doigts de pouvoir te la dire officiellement. Je pense que (sauf prise de conscience tardive et entrée de la majorité de la population dans une grêve longue et dure d’auto défense légitime)  nous allons enfin entrer dans ton club  des pays -que tu oses appeler avec un culot sidérant qui m’a toujours impressionner- « modernes » (rire ! quand je pense que dans ton pays, les petites gens s’arrachent les dents avec des tenailles , et que malgré  de multiples  preuves du même acabit d’une violence sociale qu’on croyait d’un autre temps, même les pseudo « socialistes » français osent revendiquer ton pays comme « modèle » ! Oser afficher et revendiquer une telle inhumanité et se dire de gauche, si ça c’est pas le summum de la malhonnêteté quand même, alors moi je me fais sociologue des banlieues).
 Comment suis je arriver à un tel résultat ? Je pense en toute modestie que le mérite ne m’en revient pas (mon talent est à la vérité inexistant. Je ne fais que surfer sur la lacheté et la malhonnêteté de ceux qui normalement devraient être mes ennemis intelligents et déterminés. Ce sont leurs démissions qui, en s’agrégeant,  font ma force. Le jour ou le vrai civisme et l’intelligence sera de retour dans la gauche française, les syndicats, et le monde des journalistes, le jour où toutes ces catégories feront honnêtement ne serait ce que un dixième de leur métier, mon « charisme » fondra aussi vite que la calotte glacière sous l’effet des dégagements de CO2  dû à ceux qui, comme moi, prennent l’avion pour un oui ou pour un non ). Outre l’incohérence et la lâcheté des socialistes français  incapables de refuser les pseudos « lois du marché » à laquelle je viens de faire allusion (sans parler des syndicats prêts à se vendre pour passer pour respectables dans les médias) ,  mes  alliés les plus utiles ont été prioritairement, c’est une évidence,  les « grands » journalistes français : Les Yves Calvi, Demorand, Pujadas, etc…. Ils sont, et de loin, ceux qui ont su installé chez les français  ces « raisonnements » inhumains et inciviques  dont j’avais tant besoin pour accéder  au pouvoir .
Et pourtant la partie n’était pas gagné pour eux.  Comment en effet ( dans une société où  -ne l’oublie jamais pour prendre la mesure de nos mensonges- la richesse n’a fait que croitre  sur 30 ans) arriver à faire passer des  pauvres des banlieues qui se révoltent pour des  délinquants dénués de raison, et un Alain Jupé, vrai délinquant cynique et sans raisons sociales, pour un homme bien susceptible de devenir ministre ( !!!) dans mon gouvernement? Comment faire accepter les profits mirobolants des actionnaires rentiers (pense aux profits chez Total, Airbus, etc..) , qui vivent en ponctionnant la richesse produites par les salariés,  en violentant à la fois les conditions de travail et les niveaux de rémunération de ces  dits salariés, quand on ne les débauche pas purement et simplement?  Comment rendre payant les soins médicaux les plus élémentaires pour des gens dans des situations difficiles voire impossibles , tout en diminuant la pseudo « pression fiscale » sur des gens vivant dans une aisance indicible (s’il n’y avait des sociologues comme les Pinçon Charlot pour nous la faire toucher du doigt) ? Comment arriver à faire croire que l’Etat n’a plus d’argent pour financer les retraites (ou tout autre besoin social élémentaire) lorsque –à l’image de Marie Antoinette gaspillant les deniers de l’état dans l’achat de toilettes somptueuses à la veille de la révolution française- le président de la  « république »  s’accorde   un  « argent de poche »  (car il est déjà, et  plutôt bien je peux te le dire, logé et nourri aux frais du contribuable !) de vingt mille euros par mois ? Le moins que l’on puisse dire est qu’il faut avoir l’estomac bien accroché pour ce genre de boulot qui consiste quasiment à faire passer des vessies pour des lanternes.
 Alors comment s’y prennent-ils ? J’ai pu observer chez eux un certain nombre de techniques de manipulation quasiment systématiques  qui fait que jamais le spectateur moyen n’est en mesure de faire le tour des arguments réels sur un problème. D’abord, leurs plateaux sont systématiquement truqués. Les  vrais opposants à nos réformes « libérales » (ça m’a toujours fait rire ce mot pour désigner des réformes qui accroissent l’injustice sociale. En acceptant d’utiliser d’office notre langage pour désigner les choses, nos adversaires font déjà à leur insu notre propre propagande. Ils devraient pourtant savoir qu’il n’y a pas de point de vue alternatif sans un autre vocabulaire)  sont soit en minorité numérique frappante (ce qui fait que d’entrée de jeu leur parole est systématiquement noyée  et devient vite inaudible) soit ils sont faussement représentés par des « opposants » qui ne contestent pas la direction que nous prenons, mais la vitesse trop franche avec laquelle nous la prenons (genre Ségolène Royale faisant semblant de piquer des colères de révolte morale à la télévision, et allant en douce rassurer les milieux financiers pour les assurer que si elle passe, elle orientera comme la droite les français vers les fonds de pensions pour leur retraite).  Il en est de même pour les « experts »  susceptibles de mettre à mal nos pseudos  arguments « incontestables », tel  ceux de la fondation Copernic, du collectif Raison d’agir, et certains d’Attac…On s’arrange, cas le plus fréquent, pour qu’ils soient simplement absents. Si ils sont présent, pour qu’ils prennent peu la parole. S’ils prennent la parole, pour qu’ils ne puissent pas développer réellement leurs arguments pour changer la vision du problème du spectateur (par exemple pour lui faire savoir qu’il y a plusieurs manières possibles de réformer le financement des retraites, comme d’augmenter les cotisations mensuelles plutôt que d’allonger le nombre d’annuités,etc…). Ce qui fait que ces chercheurs ont  le « choix » entre ne pas venir et laisser les « libéraux » développer une vision étriqué et intéressée des choses en face de faux opposants, soit venir et, faute de temps,  passer au mieux pour  de doux rêveurs, ou pire, des cinglés particulièrement irresponsables. Tu te doutes bien que leur choix est vite fait la plupart du temps ! Bref, les journalistes actuels, par leurs mœurs, réussissent ce tour de force de se présenter comme démocratiques tout en privant les spectateurs du droit à entendre jusqu’au bout les démonstrations  des vrais opposants à nos réformes, qui la plupart du temps, sont pourtant ses meilleurs amis. Rire ! Si ça c’est pas se « foutre de la gueule » du téléspectateur, alors moi je me fais militant  à Sud ! Mais dans le genre, ils font encore bien mieux ! Et cela  est tellement  sidérant de malhonnêteté que je pense que ça mériterait une reconnaissance quasiment officielle de notre part (peut être la création d’ un nouvel ordre  pour « contribution à  la domestication des pauvres »? ) ; je veux parler bien sûr de ces fausses équivalences qu’ils produisent ad nauseam  et qui,  si ils avaient l’obligation de cultiver l’intelligence et l’humanité du spectateur , feraient qu’ils seraient illico presto emprisonnés  dans des temps normaux (mais ou est il le temps ou un journal était poursuivi en justice pour  incivisme pour avoir oser dire que la sécurité sociale était en déficit  comme le dit Julien Duval dans son ouvrage « le mythe du trou de la sécu » ? )  Ainsi, figures toi qu’ils n’hésitent pas à mettre sur le même plan, ou plutôt à mettre systématiquement en avant  les dérangements (réels) produits par la grêve dans la vie des usagers, n’hésitant pas à traiter les grévistes de « terroristes » et de « preneurs d’otages » ( c’est pas vraiment respectueux pour ceux qui ont vraiment été pris en otages par de vrais terroristes), pour mieux minorer et ignorer la violence sociale pourtant hors de proportions et bien plus dévastatrice de nos réformes « libérales ». Et pourtant entre nous, que vaut à l’échelle d’une scolarité ou d’une vie la perte de deux à trois mois de scolarité, voire même d’une année, lorsque la réforme qui risque de passer pourrait permettre de simplement supprimer le droit au savoir dit faussement « gratuit » pour des centaines de milliers d’étudiants à venir ? Que valent les retards et les désagréments subis par certains usagers, quand ce qui est en cause, c’est la paupérisation future de centaines de milliers de personnes, fussent-elles petits fonctionnaires ? Et pourtant, tous les soirs dans ce pays, on permet sur les grands médias français de faire ce genre d’équivalence logiquement et humainement absurdes ! Tu m’étonnes que le résultat d’une telle éducation légale à violer les pauvres ne s’est pas fait attendre ! Aujourd’hui, on peut voir à la télévision française des gens (qui autrefois, honteux de ne pas participer aux grèves favorisant le progrès social,  se cachaient logiquement chez eux tout en bénéficiant,  illogiquement il faut bien le dire,  des droits conquis par les grévistes une fois la grève terminée !)  qui affichent fièrement leur incivisme et demandent l’abolition du droit de grève réel pour un droit de grève folklorique qui ne gênerait personne ! Bref des gens qui, incapable de courage civique pour entraver l’éternelle violence sociale des classes « supérieures » pour ne pas faire profiter du progrès social les classes « inférieures », demandent aux victimes d’avoir un seul droit : celui d’être consentantes à leur perte ! Et oui, on en est là aujourd’hui en France, ex-pays des droits de l’homme et de la révolution française….tu comprends donc pourquoi j’ai de sérieuses raisons de croire que  je vais enfin ’intégrer ton club. Je ne sais pas si je suis trop optimiste, mais je pense que la conscience sociale est morte dans ce pays, tuée par les journalistes. L’avenir nous le dira vite. Ton fils spirituel, qui t’embrasse….

Lionel Goutelle, le 15/11/07
























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