"On peut tout à fait imaginer qu'un clone de Lordon prêt à jouer le jeu des médias soit intervenu en direct à France 2 face à un Pujadas qui l'interrompt sans cesse, et qui veut que l'interviewé se conforme à ses propres idées (voir le décryptage sur Acrimed de son interview d'un expert aéronautique à propos du récent crash du Rio-Paris), le dialogue aurait donné :

"Monsieur X, les Français s'inquiètent de la crise. Mais ils sont aussi en colère, quand on voit tous ces traders qui partent avec des bonus extravagants, alors que ce sont les responsables de la crise. Qu'en pensez-vous ?
- Je pense que les véritables responsables, ce ne sont pas les traders. Le véritable responsable de tout ce bordel, ce sont les socialistes : Pierre Bérégovoy -paix à son âme- ou Dominique Strauss-Kahn. La libéralisation financière, ce sont eux qui l'ont mis en place...
- Mais, que faites-vous des banquiers qui ont pris des risques. Ce sont eux les véritables responsables...
- Non. Ils n'ont fait que respecter les lois. Je vous répète, ce sont les politiques de gauche les premiers responsables. DSK qui a développé les stock options jusqu'à Ségolène Royal qui voulait développer les fonds de pension. Et il y a aussi les journalistes. Vous faites partie des responsables, Monsieur Pujadas. Parce que vous n'avez rien dit de ce qui se tramait...
- Mais ce n'est pas vrai. A France 2, nous faisons notre travail correctement et, de toute façon, mêmes les meilleurs experts ne nous avaient pas alerté...
- Le problème, justement, c'est que, quand ça va bien, vous invitez toujours les mêmes qui vous disent que ça va bien. Moi, cela fait dix ans que je mets en garde tout le monde, et c'est la première fois que je suis ici... "

Durée de l'échange, pas même deux minutes. Les principales idées sont énoncées et cela donne un événement télévisuel à la clé si ça dérape encore plus (de la même manière que quand Bayrou avait accusé Claire Chazal d'être partisane lors de la dernière campagne présidentielle). Le clone de Lordon devient un personnage médiatique. On le réinvite, ses ouvrages (qui développent sa pensée) se vendent très bien, et de plus en plus de gens apprennent que les responsables de la crise, ce sont les politiques socialistes (personnellement, je pense que les politiques de droite sont aussi responsables, mais passons sur ce détail...)

Alors, oui, le clone de Lordon a dû faire quelques efforts sur le vrai Lordon. Arrêter de s'embarquer dans des phrases interminables, aller directement à l'idée force, ne pas avoir peur d'être agressif avec l'intervieweur et, surtout, préparer ses interventions télés pour savoir quel message on veut faire passer. Mais ce travail, le clone de Lordon ne serait pas le premier à le faire. Tous les habitués des médias sont passés par là, certains font même du media training pour devenir encore meilleurs. Pourquoi seuls les partisans du capitalisme auraient le droit d'avoir les meilleurs outils pour influer l'opinion (et donc participer au débat démocratique en pole position) ?"   (Nicolas Cori, à l'époque  journaliste à Libération. texte récupéré sur le site Arrêts Sur Images. ps: à titre de réflexion, et non pas de prise de position personnelle)

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