Depuis le temps qu’on traînait cette honte! Combien avait-on  vu de buts volés et malhonnêtes sur tous les terrains du monde (comme la célèbre « main de Dieu » invoquée  par Maradonna contre l’Angleterre en coupe du monde en 1986)? Et jamais l’équipe de France –éternelle ringarde de ce monde- citée dans ce club très sélect des « grandes » équipes capables de tout donner pour le football, y compris, dans ce sacrifice ultime qui fait la grandeur d’un homme ou d’une équipe, l’honneur et la dignité personnelle!  Qui dira ce que fût  notre douleur durant toutes ces années à être parmi les derniers à chercher à se faire croire qu’on gagne un match par la supériorité sportive et l’honnêteté? Mais Dieu merci, nous sommes sous Sarkozy, et aujourd’hui les français sont « décomplexés », et ils n’ont plus peur de se « moderniser » pour être comme tout le monde. Et même  pour prendre la  tête de tout le monde ! Du moins,  la tête du monde des malhonnêtes décomplexés qui n’ont plus honte de se revendiquer et de s’afficher. Et voici qu’alors, une fois le sacrifice de ce vil amour propre consenti, de nouveau, la magie et la beauté du sport sont là, et tout s’éclaire ! En un geste historique, déjà entré dans les annales, Thierry Henry a définitivement lavé notre honneur, et envoyé aux oubliettes la « main de Dieu » de Maradonna en nous remplissant de cette fierté d’être français qui nous manquait tant. Qui niera en effet qu’au regard de la main  d’Henry, répétée deux fois, majestueuse, appuyée et déterminée, celle de Maradonna apparaît aujourd’hui comme honteuse et masquée, étriquée dans sa  malhonnêteté, malhonnête à la puissance deux en quelque sorte (ne serait ce que dans la rapidité du geste de Maradonna, alors que Thierry Henri, dans une sorte d’intégrité radicale, a bien pris soin de faire durer et d’appuyer son geste. Et celà afin de ne laisser aucune chance aux caméras qui seraient tentées d’être malhonnêtes en nous faisant croire  qu’elles l’auraient loupé)? Le monde doit apprendre que quand un français triche, il le fait mieux qui quiconque, majestueusement et à la face de tous, sous plusieurs angles de caméra, de façon visible et prononcée. Désormais un français , ça ne se cache plus quand ça triche : ça triche à ciel ouvert, à la face du monde entier, et en portant haut la joie de gagner ainsi! Et il faut remercier Thierry Henry, ou un de ses camarades,  de n’avoir pas eu cette imbécillité puérile et intéressée d’aller se dénoncer lui même comme le fait par exemple Federer  lorsque dans son sport (le tennis) l’arbitre lui donne un point qu’il n’a pas conquis régulièrement. Ou encore lorsque Arsene Wenger accepte de rejouer un match, parce que son équipe a marqué dans des circonstances anormales. Ces gens là, en faisant passer leur minable petite image d’eux même avant la cause de la victoire à tout prix prouvent combien ils sont imbus d’eux-mêmes et  intéressés, combien ils sont incapables de cet amour sincère et total du football dans lequel on donne tout, dans lequel on n’hésite pas à faire don de sa personne pour son équipe et son pays. Ce n’est que  ainsi que l’on prouve son vrai amour du football et que l’on est un bon citoyen, fier de son identité et de ses valeurs.
On a parlé de main de Dieu dans cette affaire. Mais c’est là une injustice profonde. A la fois pour Dieu, qui n’a jamais vraiment chaussé les crampons comme chacun sait. Et cela,  même si on a bien essayer de transmettre en force à son fils l’amour du foot, en lui implantant de façon bien sentie, sur sa croix, quelques crampons longs pour temps de pluie.  Mais c’est surtout injuste pour le vrai inspirateur inconnu et injustement marginalisé dans cette affaire si les journalistes de TF1, dans un dernier sursaut civique dont ils ont le secret, n’avaient eu l’audace de l’interviewer contre vents et marées à la fin du match : Sarkozy (et en ayant la modestie de ne pas lui parler de cette main qui venait pourtant magnifiquement concrétiser tous les efforts de sa pédagogie). Comment ne pas voir en effet que ce geste de malhonnêteté intégrale, hautement fêté et revendiqué  sur le moment   (mais aussi regretté plus tard, c’est à dire quand son aveu n’a plus aucune chance de porter,  pour tenter dans un dernier geste génial à couper le souffle, de cumuler à la fois le bénéfice matériel du tricheur et l’apparence symbolique de la vertu. C’est à dire de briser en acte, on ne l’a pas assez bien vu, la notion sans doutes un peu réductrice de « capital symbolique » de la sociologie bourdieusienne) est l’équivalent dans l’ordre du sport de ce que Sarkozy fait tous les jours en politique ? Quand il dit qu’il était là quand le mur de Berlin est tombé, quand il visite une usine ou il présélectionne les gens qui vont l’accueillir, quand il dit les caisses sont vides tout en augmentant son salaire démentiellement, quand il fait payer les franchises médicales pour les plus pauvres tout en allant se pavaner sur le yatch d’un ami milliardaire dont il vient de baisser drastiquement le taux d’imposition,etc etc...Tous ces gestes ne sont -ils pas en politique des tricheries franches et à visage découvert, un incivisme fier de lui-même? Le prince Henry, d’évidence, n’est que le continuateur et le repreneur du Dieu Sarkozy en sport. La France ne sera peut être pas championne du monde de foot. Par contre, elle est déjà championne du monde de la mauvaise foi. Et elle vient de mettre la barre très haut…

Lionel Goutelle (fortement inspiré, mais pas avec le même talent bien sûr, par la lecture de Karl Kraus traduit par  Jacques Bouveresse dans l’ouvrage « Karl Kraus, prophétie et satire » aux éditions agones. Nottament les articles consacrés à la conquête du Pôle Nord, et l'affaire Friedjung)


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