Armstrong-dope

 

 

(image "volée" sur un site dont figure sur l'image les coordonées. J'espère que son auteur ne m'en voudra pas...Si c'est le cas, qu'il me fasse signe par le commentaire, et je la supprimerai)

 

L'affaire Lance Armstrong n'est pas seulement une énième occasion, s'il en était besoin, de mettre en évidence l'ampleur du dopage dans le sport (il faut vraiment croire aux contes de fées pour croire qu'on aurait passé de tels paliers dans les "performances" sportives des dernières décennies par des méthodes simplement "naturelles"). Par les commentaires plus ou moins francs et plus ou moins gênés ou euphémisés qu'elle suscite (et sans parler des silences assourdissants qui, par la "force des choses", passent forcément inaperçus), elle met aussi en évidence à contrario l'ampleur de la corruption dans les institutions officielles. Elle fait implicitement le tri entre vrai et fausse combativité en face du dopage. Je n'en veux pour preuve que la différence  entre deux "réactions", en l'occurrence celle de Cyril Guimard (ancien coureur lui même des années 70-80, ayant diriger des équipes de coureurs sur le tour de France), et celle de Laurent Jalabert, ancien coureur des années 90_2000 (ayant couru en  temps que concurent de Louis Armstrong) et actuel sélectionneur de l'équipe de France de cyclisme.

De la part de Cyril Guimard, une réaction franche et dénuée d'ambiguïtés: Il propose que les anciens coureurs qui ont perdus en face de Lance Armstrong portent plainte pour concurrence déloyale et demandent non seulement qu'il soit dessaisi de ses titres, mais qu'il rembourse toutes les sommes rapportées par ses "titres" (y compris les gains publicitaires? et si les sponsors aussi portaient plainte pour "image de l'entreprise salie par la tricherie"?). Il argumente en disant que la pure condamnation morale touche peu des hommes aussi enrichis par leur tricherie, mais que par contre la punition matérielle ferait réfléchir à deux fois les tricheurs potentiels: le prix à payer (à tous les sens du terme) serait bien trop exorbitant, et il y aurait là une vrai dissuasion. Bref, une mesure forte et dissuasive concrète.
De l'autre, la "réaction" (on se demande même si ça mérite ce nom tant elle est molle et non réactive) de Laurent Jalabert (occupant une position de pouvoir non négligeable dans le cyclisme français, contrairement peut être à Cyril Guimard assez "périphérique" aux institutions officielles actuelles. A vérifier). pour lui, l'affaire Lance Armstrong va encore porter tort au cyclisme. C'est du passé dépassé, à oublier vite. Certes, devant les casseroles qui s'accumulent sur le cas Armstrong, il ne peut plus se permettre de prendre ouvertement la défense de celui-ci. Mais malgré tout, il resterait "un grand champion"  (!!!). Devant le journaliste qui lui demande s'il ne se sent pas volé par Armstrong, puisqu'il a couru contre lui, il réagit très mollement et maintient un "raisonnement" du style "c'est la vie", "il ne faut pas vivre dans la rancoeur",etc... (je ne peux m'empêcher de me demander quelles sont les raisons profondes d'un tel laxisme: soupçonne-t'il que le dopage est très usuel dans le cyclisme et craint-il les conséquences d'une lutte déterminée contre lui qui démontrerait à contrario combien les "instances officielles" dans lesquelles il occupe un poste clé ferment les yeux avec facilité sur celui-ci?). Bref, une non réaction pour tout dire. Une non prise de position ferme contrairement à celle de Cyril Guimard. Une position tout en ambiguïté, qui, en fonction d'où penchera l'épilogue de l'affaire Armstrong, est celle d'un homme qui cherche à préserver son poste.

En exemple de position franche à contrario, on peut aussi citer celle de ce médecin dont j'ai oublié le nom, mais qui a longtemps travaillé dans le sport. Il explicite très bien le problème de la pseudo "lutte" anti-dopage. C'est dit-il, comme si les laboratoires qui fabriquent les médicaments étaient aussi les instances qui jugeaient de leur utilité et permettraient  leur commercialisation, ou si les syndicats de salariés en entreprises étaient représentés par leur patron. Bref, tant que le contrôle du dopage ne sera pas fait par des instances totalement autonomes du monde du sport, des médias et des entreprises qui vivent plus ou moins directement du  business généré par le "sport", on aura cette complaisance qui n'a rien de surprenant.
Comme le dit Lordon à propos d'un autre monde (celui de la finance) où la corruption ressurgit périodiquement, le problème ce n'est pas les hommes et leur moralité, mais ce que les structures du monde dans lequel ils évoluent (très largement déterminées par les lois qui les contrôlent ou pas)  leur permettent. Si la loi imaginée par Cyril Guimard existait, sûr  que les tricheurs potentiels y réfléchiraient à deux fois....C'est ce genre de détermination qu'on veut, pas les discours creux et complaisant à la Laurent Jalabert. Pas le genre de discours  qu'a tenu aussi le kayakiste Estanguer qui entre en se faisant "tout petit et avec beaucoup de respect" (à moins que ce ne soit qu'une stratégie pour mieux mordre après) dans le comité olympique, une des institutions du sport parmi les plus discréditées qui soient. Quand on entre dans des mondes d'évidence aussi corrompus, où on y va pour faire le ménage, où on n'y entre pas. Sinon, on prend le risque d'être soi-même discrédité et d'apparaître comme ne recherchant que le pouvoir ou l'argent (Lionel Goutelle, le 25 aout 2012). Quoiqu'en disent certains, cracher dans la soupe quand elle est imbuvable est une attitude saine. 

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