« Eric, tu es un gros con et tu ne comprends rien! En osant demander officiellement que les prix Goncourt soient tenus à un droit de réserve (tu me rappelles irrésistiblement Audiard qui disait « ça ose tout, c’est même à ça qu’on les reconnaît »), c’est à dire en tentant d’abolir officiellement le droit des écrivains à l’ouvrir (une vieille tradition française bien enracinée pourtant), tu viens de fournir la preuve en or la plus évidente et la plus éclatante dont pouvaient rêver nos  ennemis pour prouver que, au fond de nous même, nous ne sommes pas des démocrates !!! A quoi joues tu ? Sais tu ce que tu fais, et pour qui tu roules? Je t’avoue  que dans notre camp, on reste perplexe, et on cherche désespérément ton intelligence politique.
Tu devrais savoir que même si j’ai « décomplexé la droite », nous n’en sommes pas encore au stade où l’on peut se lâcher comme ça. Ne rêvons pas d’ailleurs. Cette sincérité ne nous sera jamais totalement accessible, et il nous faudra toujours habiller nos coups contre cette putain de démocratie de fausses bonnes raisons apparentes, voir essayer de faire croire que nous avons des gestes que nous ne voudrions pas avoir et qui nous font humainement souffrir. Comme par exemple lorsque nous expulsons des sans papiers présents depuis des années sur notre sol et occupant les emplois les plus inhumains, ou lorsque nous baissons les retraites au dessous du seuil de pauvreté tout en nous tapant des repas à 5000 euros par personne à la Commission Européenne. Rude art que celui d’arriver à faire avaler  ce genre de chose, non ? Que tu le veuilles ou non donc, un Eric Besson qui entoure de rationalisations apparentes une violence  inhumaine terrible (finalement je me demande si les gens du P.S ne sont pas plus experts dans cet art du double langage que des gens de droite pure qui affichent trop sincèrement leur but) est bien plus efficace qu’un Eric Raoult qui demande officiellement l’abolition de la liberté d’opiner pour les écrivains. Et puis bon sang, fait un peu  confiance à l’autocensure et à la peur que j’instille dans ces milieux-là   et qui, globalement, ne sont pas si dérangeant que ça pour nous (il est bien loin le temps ou les intellectuels pouvaient faire vaciller un régime). Elle est bien plus puissante que la censure officielle. Déjà j’ai obtenu que qui ose comparer les rafles de sans papiers aux rafles de Vichy soit poursuivi en justice. Alors qu’entre nous, la peur d’un sans papier de se faire prendre pour être rapatrié dans un pays en guerre ou dans un pays où son ethnie est pourchassée ne doit pas être très loin psychologiquement de la peur d’un juif d’être raflé sous Vichy non ?En tout cas, même si elle en est loin, ce qui est possible, il est indiscutable que psychologiquement, l’enfer est déjà là pour ces sans papiers expulsés (à preuve, certains ne sont-ils pas aller jusqu’à se suicider pour éviter le retour ?). Regarde d’ailleurs N’Diaye elle même. N’a t’elle pas pris peur de son audace toute seule, et n’a t’elle pas fait marche arrière sur Europe 1? Elle a bien compris que si elle veut faire carrière, l’influence de nos réseaux dans les médias est telle qu’elle a intérêt à ne pas s’opposer frontalement à nous. Dans cette optique, elle nous sera très utile comme « caution démocratique ». Tu le sais bien, pour notre façade, nous avons besoin d’opposants déclarés. Le tout est de savoir les « dresser » en douceur et à leur insu sans avoir l’air de rien. Il faut juste s’arranger pour que d’eux mêmes, ils s’adoucissent avec le temps, et qu’ils comprennent qu’ils n’ont pas intérêt à aller trop loin dans la critique radicale. Pour cela, c’est simple. Il  faut savoir jouer sur leur envie d’être socialement reconnus dans les médias, et par voie de conséquence, relativement riches, en tout cas plus riches (tant socialement que pécuniairement) que s’ils choisissaient l’opposition radicale dans la marge. Crois moi, la machine à mâter les opposants est beaucoup plus efficace lorsqu’elles les digère en jouant sur leur envie de reconnaissance et de puissance sociale (je pense à des cas comme Philippe Val bien sûr, archétype du pseudo gauchiste si facilement retourné en accédant à la notoriété, ou Bernard Maris, etc…) que lorsqu’elle les rejette ouvertement (pour t’en convaincre, lis la fantastique analyse de Frédéric Lordon concernant la dérive des économistes contestataires qui, plus ils fréquentent les médias, moins ils s’opposent et surtout, moins ils se permettent de penser en dehors des chemins balisés  par l’esprit journalistique). Allez Eric, je te fais confiance : sors de ce rôle idiot et auto-destructif pour nous . Eric, sors de ce corps !  Bien à toi, je t’embrasse. Qui tu sais…. »


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