3) " ON NE PEUT RIEN CONTRE LES LOIS ECONOMIQUES"

En ne cessant de nous répéter (et souvent jusqu’à la nausée) qu’il faut " s’adapter " à la " mondialisation " et aux " lois économiques " du marché, les libéraux (comme Jean Marc Sylvestre tous les matins sur France Inter,etc…) trahissent eux-mêmes à leur insu qu’il ne s’agit pas réellement de lois scientifiques (nous prouvant au passage qu’ils sont très limités intellectuellement parlant. sourire). En effet, la caractéristique principale des vraies lois scientifiques est bien évidemment qu’elles ne dépendent pas de l’opinion que les humains s’en font. Et il ne viendrait à l’esprit d’aucun physicien sérieux de répéter tous les matins à la radio " l’attraction terrestre existe, il faut vous y adapter, vous n’avez pas d’autre choix ". Quand une vraie loi scientifique existe, elle n’a pas besoin d’un discours, d’une " pédagogie  d’accompagnement " pour convaincre les habitants d’un pays (ou d’une planète) de se plie à celle-ci: elle s’impose d’elle même à eux, qu’ils le veuillent ou non. Les vrais lois scientifiques existent dans le silence qui les entourent. Le bruit, la " pédagogie " que les économistes libéraux se sentent obligés de faire autour de la " nécessité de s’adapter aux  lois de la mondialisation " est donc bien la plus belle preuve à contrario que celles-ci n’ont rien d’automatique et de coercitif (comme les vrais lois scientifiques), mais qu’elles sont largement dépendantes des comportements et des valeurs que les humains choisissent - ou ne choisissent pas- d’adopter. Si les libéraux ont tant besoin de nous répéter qu’il est vain de chercher à contrarier les lois d’un marché " libre ", c’est parce qu’il savent très bien au fond d’eux même (et c’est leur grande peur) que si la majorité des humains se mettraient à douter de la réalité de cette croyance (largement artificiellement produite par leur propre travail d’inculcation, et qui sans doute s’écroulerait très vite sans l’apport de ce pilonnage mental constant et déterminé) et seraient assez intelligents et humains pour décider d’organiser le marché, fût-il " mondial ", il n’y aurait plus de " loi inéluctable du marché libre " qui tiendrait. Les comportements économiques sont profondément dépendants des valeurs morales ou amorales que les humains se choisissent. Tel est la vérité que les libéraux travaillent tous les jours à étouffer. Et non seulement l’économie libérale n’est pas une science, et encore moins une science morale, mais elle est l’inculcation et la légitimation déterminée et constante de comportements amoraux chez les humains sous prétexte de science. Bref, à parler par grossier principe, il serait beaucoup plus juste de dire que l’économie libérale est un amoralisme pur. En tout cas, elle est la culture déterminée de l’apolitisme, une " politique de l’apolitisme " comme le disait à peu prêt et quelque part Bourdieu. Elle est la pédagogie du renoncement à organiser la société et à se comporter en humain, à soumettre les lois économiques à des lois humaines. Elle est la fuite constante de la morale. Pourtant, un Etat qui passe son temps (et qui réussit !) à inculquer qu’un Etat ne peut rien contre les lois économiques qui " s’imposent à lui " fait la démonstration paradoxale de la puissance qu’il est capable de produire dans les comportements humains, et qu’il renonce à mobiliser contre ces pseudos lois économiques.

Lionel Goutelle, le 25/02/07

2) "Anti-américain": l'argument auto-destructif par excellence
On ne peut (malheureusement) que le constater: Il y a en France, et notamment dans les médias dominants, d'étranges moeurs qui permettent de disqualifier à priori quelqu'un dont on a décidé une fois pour toute que son argumentation serait bête, quoi qu'il prouve et quoi qu'il avance par la suite. Ainsi en est-il de ceux qui osent défendre la thèse -péché capital entre tous s'il en est- que les U.S.A (ou plutôt, pour ne pas tomber dans le reproche que nous faisons à nos adversaires, ceux qui dirigent la politique des U.S.A en ce moment, c'est à dire l'administration Bush et ses soutiens) ont la principale responsabilité dans l'état lamentable du monde actuel, et dans l'état lamentable des U.S.A eux-mêmes d'ailleurs (un nombre ahurissant de pauvres ainsi qu'un nombre incroyable de citoyens enfermés, comme par hasard à majorité "pauvre" et de couleur). Dès que la critique de la politique "américaine" franchit le seuil des fausses critiques secondaires de surface, les seules qui soient socialement recevables par les médias, vous êtes immanquablement taxés "d'anti-américanisme primaire". On n'a plus à, on ne doit plus vous écouter (entre autres exemple de ce "raisonnement auto-destructif", la réflexion d'un journaliste à un auditeur critique dans l'émission "le téléphone sonne" sur France Inter: "Ne lisez pas Chomsky, il est louche").
Pourtant, comment ne pas voir que cet argument "d'anti-américanisme", inventé par ceux-là même qui veulent courcircuiter par avance vos arguments (trahissant par là qu'ils ont peur qu'ils soient correctement entendus) est lui véritablement anti-américain?
 En effet, sachant qu'il n'y a pas critique plus radicale et particulièrement argumentée de la société américaine et de la politique américaine menée actuellement que celle émanant de certains américains eux-même, et non des moindres (Howard Zinn, Michael Moore, Noam Chomsky...), on ne peut s'empêcher d'en conclure que ceux qui cherchent à interdire d'avoir ce point de vue critique sur la politque américaine actuelle en le disqualifiant à priori comme anti-américain ne reconnaissent comme américains que ceux qui ont la même vision qu'eux des U.S.A, c'est à dire l'unique droite américaine, ou au mieux la gauche molle qu'incarne (?) les démocrates. Bref, ils réduisent les U.S.A à sa droite et en excluent les américains à leur goût trop à gauche (quand on sait les succès des films de Michael Moore ou des livres d'Howard Zeen, on ne peut parler de point de vue minortiaire aux U.S.A même....Et d'ailleurs le serait-il, qu'il faudrait quand même examiner la justesse des arguments de ce "point de vue minoritaire". Les points de vue minoritaires s'avèrent parfois les plus justes avec le recul de l'histoire....Et les majoritaires produisent parfois des catastrophes. Un point de vue n'est pas forcément juste parce qu'il est majortaire ou pas...).
L'argument "'anti-américain" est bien prononcé par de vrais anti-américains. C'est celui qui le dit qu'il l'est....
1) En étudiant sociologiquement la délinquance on l'excuse, et donc on est complice

Il est tout à fait injuste (et surtout dangereux) de tenir pour irresponsables (voir pour complices !) ceux qui veulent « comprendre socio-logiquement » les raisons des comportements des émeutiers. Est-il besoin de dire que ce n’est pas parce qu’on cherche à comprendre un phénomène qu’on le souhaite ? Ce « raisonnement » est aussi risible que si l’on accusait les volcanologues d’être la cause des volcans qui se produisent parce qu’ils osent étudier les mécanismes qui sont à leur origine ! Non seulement ils ne les produisent pas, mais ils sont une chance réelle de les anticiper et de s’en protéger efficacement.

Par contre, il est certain que s’il existait (comme cela semble être le cas en matière de sociologie !) des « militants déclarés de l’ignorance » qui chercheraient à punir quiconque étudierait les mécanismes des volcans, ils porteraient une lourde responsabilité quant aux victimes de ces volcans qu’on n’aurait pas évité en interdisant d’étudier les volcans. Ceux qui dénient aux sociologues le droit de rechercher les causes socio-logiques de la « violence » dans les banlieues (c’est-à-dire de faire leur boulot !) sont exactement dans cette position : ce sont de quasis « fous » qui ne veulent pas comprendre et découvrir (et donc travailler à guérir) les « mécanismes » qui peuvent amener des gens humains au départ (à moins de dire qu’ils sont nés comme ça ?) à se comporter inhumainement par moment et dans certains lieux. Mais aussi ce que ces « fous » ne veulent pas voir, ce sur quoi ils ne veulent pas porter le regard et « terrorisent » toute investigation (comme s’ils devinaient implicitement qu’ils ne sont pas « tout blanc » dans l’affaire), c’est sur la violence déniée que nous assenons nous aussi à travers certains de nos comportements semi-conscients à ces jeunes issus de ces cités.

Comme le disait un des jeunes sur A2 ce soir (« mots croisés ») il y a des comportements non verbeaux discriminants, des prisons à ciel ouvert (évitement du regard sur les lignes du R.E.R...) qui sont dus au regard que les médias nous ont appris à porter sur ces jeunes (pensons aussi à cette grand-mère qui dans une émission de télé réalité « vis ma vie » était invitée à partager la vie d’un groupe de jeunes. Les voyant danser, elle les ressentait automatiquement comme « violents dans leur trucs », alors qu’ils « s’éclataient » dans des danses acrobatiques).

Il y a tout à gagner dans l’investigation socio-logique de ces évènements pour les comprendre et travailler à éviter leur reproduction... Ceux qui interdisent d’aller dans ce sens auront une grave responsabilité dans la non évolution du problème. Eric Raoult (député U.M.P « défendant » quasiment le droit des banlieues chics à ne pas se déségréguer) a dit au cours d’une émission « nous avons plus besoin de patrons que de sociologues dans les banlieues ». Ça fait quarante ans que les patrons sont au pouvoir et que les sociologues ont du mal à vivre. On voit le résultat .... Bon c’est la dernière fois que je perds du temps à répondre à des ( ? je ne trouve pas le mot pour ce mélange de bétise et de mensonges potentiellement dangeureux) qui essaient de se donner de grands airs de gens biens, alors qu’ils sont exactement l’inverse.... Vive la sociologie de Bourdieu, de Patrick Champagne et consort... Et si on m’enfermait pour "tentative de compréhension sociologique", à la manière dont on pouvait censurer les philosophes des lumières pour avoir oser contester l’ordre social injuste de leur époque, j’en serai fier... Et je suis instit.


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